Épisode 1

ÉPISODE 1

Première partie – Wolfe

 

Je n’arrive pas à dormir.

Ça fait une demi-heure que la voiture s’est stationnée dans l’entrée et je ne sais pas si Boss pensait être discret en planifiant ses rencontres top secret en pleine nuit, mais plantés dans le milieu du bois comme ça, on entendrait n’importe qui, de n’importe où dans le manoir, s’approcher à moins de cent pieds d’ici.

Je me lève pour aller à la terrasse du balcon et je m’approche de la porte de la chambre de Lilianna. Elle est fermée, barrée de l’intérieur.

On doit crever là-dedans, que je me dis en me promettant d’aller voir quand je vais descendre. Je vais au bout du balcon pour voir par-dessus la balustrade ; c’est ce que je pensais.  La lumière de l’aile interdite est allumée, c’est là que Boss est, avec son invité.

Boss, ce n’est pas vraiment son nom. Lilia voudrait que je fasse comme elle et que je l’appelle Pops, mais ce n’est pas son père, encore moins le mien vu qu’elle est arrivée trois ans avant moi pis avec toute ses histoires de discipline et ses habitudes de militaire, je le vois plus comme un boss qu’un père adoptif.

Peu importe.

Je retourne à ma chambre pour me rendre au couloir et avant de prendre l’escalier, j’arrête à la chambre de Lilia.

What the…, que je commence en ouvrant la porte pour entrer dans son sauna. Tu vas finir par te tuer en suffoquant…

Je vais ouvrir la porte du balcon pour qu’elle ait un peu d’air et j’enlève sa couverte de 358 degrés, que je cache dans le garde-robe pour ne pas qu’elle la reprenne.

Je soupire.

Elle m’a encore volé un de mes chandails pour dormir et en plus, elle en a pris un dans le tiroir des manches longues.

– T’essaies-tu de perdre du poids en suant chaque calorie de ton corps? que je chiale en la relevant pour le lui enlever parce qu’elle est trempée.

Elle retombe sur le matelas, toute molle, sans se réveiller. Moi, je prends le verre d’eau vide qui traîne sur sa table de chevet et je vais le lui remplir à la toilette avant de descendre au rez-de-chaussée. L’aile interdite est plus loin, mais je peux y aller en passant par les couloirs que Boss verrouille en pensant que je ne suis pas capable de les ouvrir.

Crétin.

Ça fait au moins quatre ans que je suis capable de crocheter les cadenas. Résultat : quelques minutes plus tard, je suis en train d’avancer sur la pointe des pieds, vers la seule porte entrouverte qui laisse passer un petit peu de lumière.

– Il. N’est. Pas. Prêt! que j’entends dire Boss. Il a 17 ans, seigneur, laisse-le au moins finir sa dernière année!

Il est énervé.

– Finir sa dernière année pourquoi? que demande l’autre. Ce n’est pas comme si on s’attendait à ce qu’il devienne avocat ou vétérinaire, tu le savais bien quand tu as décidé de les prendre tous les deux et puis…

– Laisse Lilianna en dehors de ça! qu’il répond en frappant sur quelque chose.

Il est vraiment énervé.

– D’accord, d’accord, s’excuse l’autre. Reste que pour Wolfe, son temps est compté et plus on attend, plus il risque de se dégrader rapidement. De toute façon, Jonas, tu n’es presque jamais ici et le jeune ne t’aime même pas. Quelle différence ça fait? Ce n’est pas comme si quelque chose le retenait ici.

Il y a un silence.

– Lilianna, que finit par dire Boss. Lilianna le retient bien ici.

– Mouais, ben… un an de plus ou de moins, le jeune sait ce qui l’attend au final. C’est la discipline ou c’est…

Ils arrêtent de parler tous les deux.

J’attends, mais ni l’un ni l’autre n’ose le dire, je lève les yeux au ciel.

La mort.

Arrêtez de tourner autour du pot et d’être politiquement corrects, dites-le, c’est ça ou bien c’est la mort.

– Si j’avais su que ça finirait comme ça…, soupire Boss.

– Personne ne le savait.

Un des deux se lève et j’entends des bruits de verres et de liquide qu’on verse.

– … mais assez parler de ça pour ce soir. Un toast à ta promotion, vieil ami. À l’Agence!

– À l’Agence, que répond Boss avec un peu moins d’entrain.

Ils cognent leur verre et moi, je choisis ce moment-là pour retourner à ma chambre. Je referme les cadenas derrière moi et quand j’arrive à la résidence principale, je monte au deuxième étage pour retrouver mon lit.

– Ça va? que j’entends derrière moi quand je viens pour fermer la porte.

Je sursaute.

Lilia est debout dans son cadre de porte et elle se frotte les yeux, dans mon chandail trop grand qu’elle a visiblement décidé de remettre.

– Laisse-moi tranquille. Et puis… arrête de voler mes vêtements, que je réponds avant de claquer la porte.

Je me laisse tomber dans mon lit et les mains croisées sous la tête, je fixe le plafond. Deux secondes plus tard, Lilia me rejoint par le balcon.

– Est-ce que je t’ai dit que tu pouvais venir dormir avec moi? que je demande sèchement pendant qu’elle s’installe dans le creux de mon épaule.

– Hmm, non, qu’elle répond. Mais t’as caché ma couverte et j’ai froid. C’est ça ou je vole trois chandails de plus pour me faire une enveloppe.

– T’as froid…, que je répète agacé. Il fait 308 Celsius dans ta chambre.

– Ça doit être ton cœur de glace qui me frigorifie.

Je me tourne vers elle, mais elle a les yeux fermés, déjà prête à dormir, un petit sourire au coin des lèvres.

– Tu m…

– Chuuuuuut, qu’elle dit en mettant sa main sur ma bouche. Je dors.

Elle finit par s’endormir.

 

Deuxième partie – Jake

– NNN-NOOON! que je crie en me réveillant.

Fuck!

– Fuck! que je crie encore en frappant dans le mur.

Je me passe une main dans le visage, elle est pleine de sueur. Je cherche le drap pour m’essuyer la face dedans, je ne le trouve pas. Je passe ma main en dessous de l’oreiller…

OK.

Mon couteau est là. Le drap doit être tombé par terre pendant que je me débattais, je le cherche à tâtons parce qu’il n’y a pas de fenêtres ici et que je vois fuck all dans le noir. Je le trouve, je m’essuie le corps et les deux omoplates entre lesquelles je sens les gouttes qui me chatouillent. Je le lance au pied de mon matelas et je me mets à la recherche du cadran.

– Trois heures et demi, que je soupire en regardant l’écran.

Awesome.

Une autre nuit à ne pas dormir et à être claqué le lendemain, que je me dis en m’assoyant sur le bord du lit, la tête entre les mains.

J’essaie de me convaincre de me recoucher, mais je sais bien que je ne vais pas me rendormir. De toute façon, j’ai tellement sué en dormant que tout est humide, c’est un peu crasse, ça fait qu’à la place, je me lève et j’allume la lampe de chevet.

3 :30AM ; ça me semble un sacré bon moment pour aller en fumer une.

Je mets ma veste, je glisse une tope sur mon oreille, je mets une botte, je mets l’autre, je me pète la gueule dans le mur avant de réussir à l’enfiler au complet.

«BOOM», que ça résonne sur l’étage.

Pendant une seconde, j’arrête de bouger en espérant ne pas avoir réveillé personne et après un moment de réflexion, je me dis : «Fuck off. Qu’ils aillent chier, eux pis leur pas-d’insomnie».

J’ouvre la porte de ma chambre, je regarde d’un côté et de l’autre, c’est vide. J’enfile mon capuchon et je prends vers la droite.

– Jake? que j’entends dans mon dos.

Argh, que je ferme les yeux en soupirant. Il ne dort jamais cet esti-là?

Quand je me retourne, West est debout dans le cadre de porte et il se frotte les yeux, à moitié endormi

– Chuuuuut, que je chantonne en agitant magiquement mes doigts dans les airs. C’est un rêve, doux songe, retourne te coucher.

Il me dévisage et il laisse tomber sa main le long de son corps.

– T’es pas supposé sortir la nuit, qu’il dit d’une voix rauque.

– T’es pas supposé me surveiller plus que ma mère, que je réponds en enlevant la cigarette de mon oreille pour la mettre dans ma bouche.

Il soupire, il referme la porte et moi, je continue mon chemin.

À l’angle du couloir, il y a une caméra de surveillance, je fais un signe de peace à Gordon. C’est lui qui est aux caméras la nuit et il est chill, celui-là. Il n’a jamais stooler personne, pas comme les autres gardes de sécurité qui n’ont jamais réussi à se faire recruter par l’Agence et qui sont pissed off d’être obligés de jouer nos gardiennes.

Je prends l’escalier et je descends à mon spot habituel – la sortie de la cour Est. La Nord est trop illuminée et bourrée de gardiens, la Sud et la Ouest ont trop de sorties, la Est est plongée dans l’obscurité et la seule autre sortie proche est juste au coin de la cour Nord. Comme ça, je peux facilement entendre si quelqu’un arrive de ce côté, et facilement me sauver, si quelqu’un arrive par la Sud. L’endroit parfait pour fumer une tope sans me faire chier et juger par ceux qui pensent que faire partie de l’Agence, ça implique de manger du brocoli trois fois par jour, pour le restant de leur vie. Si je ne peux pas me saouler à la vodka cinq fois par semaine, ce n’est pas vrai qu’on va m’enlever ça.

Je pousse la porte, j’enlève une botte et je la glisse dans l’ouverture.

– Ahhhhhh…, que je soupire de satisfaction en allumant ma clope et en m’appuyant le dos sur la brique.

Un an.

Un an, c’est tout ce qu’il me reste sur le trois ans d’entraînement et après ça ; l’assermentation. Pis après, ben… ça fera un beau badge et un beau nom à mettre sur le CV. Les autres espèrent continuer à travailler pour l’Agence, moi, je m’en sacre, je travaillerai ben pour celui qui paie le plus et qui aura le lit le plus confortable à m’offrir. En attendant, c’est toujours mieux que le plancher d’une cellule froide en Russie, ça fait que je vais embrasser le cul de n’importe qui à coup de «Oui, Chef!», jusqu’à temps qu’on me mette dehors pour une escapade ou une cigarette en pleine nuit.

Bzzzzzzzzz.

Ma conso-tactile vibre, l’écran s’allume sur l’appareil fixé à mon avant-bras.

Comme on n’a pas droit aux téléphones cellulaires sur la base, c’est le seul moyen de communiquer entre nous et d’avoir accès à un réseau surprotégé.

 

Phil : Veux-tu bien ramener ton p’tit cul royal dans ton lit avant de nous faire prendre un autre 200 push-ups

 

Phil : ENCORE!!

 

Je souris.

Je prends une puff  et je coince ma cigarette entre mes lèvres, le temps de répondre.

 

Jake :  Bon… West a échappé un caca nerveux dans sa couche avant d’aller te voir en pleurant?

 

Phil : Non. C’est toi qui a alerté l’aile au complet en te lançant dans les murs, p’tit con…

 

Je ris.

 

Jake : Smith va se crosser sur les larmes de qui, tu penses, si on se prend un 200 push-ups?

 

Smith, c’est notre commandant. C’est un genre de dictateur qui éprouve probablement une stimulation sexuelle à chaque fois qu’un des gars de l’unité souffre.

 

Phil : Si tu continues à t’encrasser les poumons pendant tes sorties nocturnes, ça va être sur les tiennes, Volkov. La cigarette va finir par te tuer.

 

Jake : La vie va finir par me t-iejr

 

Je tape le dernier mot un peu croche parce que le walkie-talkie de quelqu’un me fait sursauter. J’échappe ma cigarette en faisant le saut et je me brûle en essayant de la rattraper. Pendant ce temps-là, j’entends : «Craig à Williams. Je répète, Craig à Williams».

– Williams, à l’écoute?

Fuck.

Il est juste de l’autre côté du tournant. Je me penche pour éteindre ma cigarette sur le sol et je la cache entre deux mauvaises herbes.

Craig à Williams, je suis dans la tour ouest avec Davis et Roberts. On entend un bourdonnement en provenance du désert. Est-ce que t’entends quelque chose de ton côté?

– Non, rien du côté est, qu’il répond. C’est sûrement un animal, encore, qui s’est coincé dans la clôture électrique.

Je me relève doucement pour ne pas faire un bruit, je tire sur la poignée…

Merde!

Merde, merde, merde! Ma botte n’est plus dans l’ouverture, j’ai dû l’accrocher quand j’ai fait le saut et que j’ai essayé de rattraper ma cigarette.

Evans à Craig. Je répète, Evans à Craig, deuxième tour nord, on l’entend aussi, qu’ajoute quelqu’un. Tour nord aux tours sud. Appel tour nord, aux tours sud.

Silence.

J’attends que quelqu’un reprenne la parole pour essayer d’ouvrir sans que le gardien entende.

Tour nord aux tours sud. Appel tour nord, aux tours sud, que répète le dernier à avoir parler.

Fuck! Rien à faire, elle est barrée et je suis pris dehors.

– Deuxième tour sud, à l’écoute. On l’entend aussi de notre cô…

Après ça, c’est le fucking chaos.

Le bourdonnement s’intensifie, des phares se mettent à balayer la cour nord, ça se met à hurler au travers des radios.

TOUR NORD AUX AUTRES TOURS, TOUR NORD AUX AUTRES TOURS. HÉLICOPTÈRE NON-IDENTIFIÉE, BESOIN DE RENFORTS! JE RÉPÈTE, BESOIN DE RENFORTS, ACTIVEZ LE SIGNAL D’URGENCE!

Moins de dix secondes plus tard, la sirène retentit, par-dessus laquelle on entend une voix qui répète en boucle : «Atterrissage non-autorisé, veuillez quitter les lieux immédiatement. Autorisation de faire feu dans : une minute». Les portes de sortie de la façade nord s’ouvrent à la volée, les gardes débarquent dans la cour.

Fuck! Par où je vais me sauver?

Je me penche pour voir ce qui se passe dans la cour Nord ; maintenant que tous les phares sont pointés sur elle, je vois l’hélicoptère qui oscille dangereusement en essayant de se stabiliser pour atterrir au milieu des gardiens de sécurité qui l’entourent. Pendant un instant, j’envisage de profiter de leur inattention pour m’élancer à la première porte qui est à moins de dix mètres du tournant, mais juste comme je viens pour y aller, elle s’ouvre encore pour laisser passer une douzaine d’autres gardiens. Je reviens sur mes pas et je reste caché à l’angle du mur.

 

«Atterrissage non-autorisé, veuillez quitter les lieux immédiatement. Autorisation de faire feu dans : 45 secondes».

 

Tous les gardiens s’agenouillent en position de tir pendant que l’hélicoptère se pose au sol. Le moteur s’arrête, les hélices et le vacarme continuent.

 

– Identifiez-vous! hurle quelqu’un. Identifiez-vous immédiatement ou on fait feu!

 

Ils sont au moins une trentaine à encercler l’appareil. Quelqu’un saute de l’hélicoptère, mais je ne vois rien à cause de la sécurité qui se prend soudainement pour des héros.

 

«Atterrissage non-autorisé, veuillez quitter les lieux immédiatement. Autorisation de faire feu dans : 30 secondes».

 

– IDENTIFIEZ-VOUS! que répète quelqu’un.

– Campbell! Lloyd Campbell, D.I.T.C.! crie la personne qui vient de débarquer.

Lloyd Campbell.

Je ne le connais pas personnellement, mais je sais qui c’est.

Tout le monde sait qui c’est.

À l’exception des gardiens, visiblement, puisqu’ils n’abaissent pas leurs armes, mais tout le monde sait qui c’est parce qu’il fait partie de l’élite de l’Agence ; la Division des Interventions Tactiques et Classifiées.

– Avec vos badges!

– Lloyd Campbell, matricule 4892-73, division des interventions tactiques! qu’il reprend.

– AVEC LE BADGE!

– JE VAIS TE LE FOUTRE DANS LE CUL, MON PUTAIN DE BADGE! qu’il s’énerve. SI TU NE TE TASSES PAS DE MON CHEMIN, C’EST LA DERNIÈRE FOIS QUE TU PORTES TON…

– Matricule 7365-75! qu’interrompt le pilote, à bout de souffle, qui vient de débarquer à son tour. Code 47-03-indéterminés. Avisez le général Ferguson de notre arrivée, on a besoin de l’équipe médicale en stat!

Il brandit son badge dans les airs, les gardiens de sécurité se regardent sans trop savoir ce qu’ils doivent faire et moi, je soupire. Pas étonnant qu’ils n’aient pas été recrutés pour faire partie de l’Agence, ils ne sont même pas capables de gérer un retour de mission. 47 : c’est le code pour indiquer ça a mal viré. Le 03, c’est le nombre de soldats tombés au combat et le dernier chiffre, c’est le nombre de pertes collatérales. Ce n’est pas le temps de jouer à Rambo.

«Atterrissage non-autorisé, veuillez quitter les lieux immédiatement. Autorisation de faire feu dans : 15 secondes».

 

– Baissez vos armes et appelez l’équipe médicale! hurle encore Lloyd.

– Pas avant que tout le monde soit sorti de l’appareil! ordonne un gardien.

– Je vais te…

Lloyd s’élance vers lui, le pilote de l’hélicoptère s’interpose entre les deux, les gardiens resserrent leur arme, ça se met à crier, le Général sort à la volée par la sortie qui est la plus proche de la mienne.

– ÇAAAA SUUUFFFFIT! qu’il hurle.

Le silence tombe.

– Retournez à vos postes immédiatement!

 

«Atterrissage non-autorisé, veuillez quitter les lieux immédiatement. Autorisation de faire feu dans : 5 secondes».

 

– Et bon sang, faites-moi taire cette foutue alarme!

 

La sécurité hésite, elle baisse les armes, elle se relève et pendant ce temps-là, Lloyd fait signe à quelqu’un dans l’hélicoptère, qui apparaît quelques secondes plus tard par l’ouverture.

Blake Brown.

Son acolyte du D.I.T.C., avec une petite silhouette frêle pendue autour de ses épaules. Maintenant que l’armée de caïds a commencé à se disperser, c’est plus facile de voir ce qui se passe. Blake dépose la silhouette inerte dans les bras tendus de Lloyd qui la rattrape, puis il saute en bas de l’appareil pour l’aider à la porter. Chacun un bras enroulé autour de leurs épaules, ils la traînent vers le Général.

– Général! le presse Lloyd Campbell. On a besoin de l’équipe médicale tout de suite, c’est un …

– Elle est en route, qu’il les rassure en resserrant sa robe de chambre autour de lui. Qui est cette fille?

Fille, je ne sais pas si c’est le terme que j’aurais utilisé. Le T-shirt blanc rempli de tâches de vieux sang brun séché, les pantalons jaunis, des ecchymoses pleins les bras et la tête pendante d’où on voit juste ses cheveux bleachés sautiller au rythme des pas des deux autres pendant que ses pieds nus s’éraflent sur l’asphalte, elle a plus l’air d’un cadavre.

– Un dommage… colla…téral, que répond Lloyd quand ils arrivent à la hauteur du Général. On l’a rama…ssée… là-bas. Elle nous a… aidé à… sortir.

–  On a perdu le contact après l’explosion sous-terraine. Qu’est-ce qui s’est passé?

Lloyd est trop essoufflé, c’est Blake qui continue à sa place.

– La résidence était juste un leurre, qu’il dit. Ce n’est pas une maison de retraite, il n’y a personne là-dedans, à part les mannequins qui sont programmés sur des routines de mouvement dans les fenêtres. C’est désert, mais c’est immaculé alors c’était entretenu, ou en tout cas, ça l’était jusqu’à tout récemment. On n’a eu aucune résistance, jusqu’à ce qu’on atteigne le couloir central du sous-sol. C’est là qu’il y a eu l’explosion. Après ça…

Blake se tourne vers Lloyd, Lloyd se tourne vers le Général.

Il secoue la tête en soupirant.

– Après ça… c’était le chaos, Général. C’était complètement le chaos, il y avait des… des…

Blake et Lloyd se regardent, l’air de ne pas savoir comment ils vont expliquer ça.

Parce que ni l’un ni l’autre ne reprend la parole, le Général s’approche de la fille inanimée. Il glisse un doigt sous son menton pour lui soulever la tête et il la relâche aussitôt, avant de faire un pas vers l’arrière.

– C’est p…, qu’il commence.

Ils regardent les deux autres, les deux autres le regardent, tout le monde garde le silence.

– Mais ce n’est pas possible! qu’il souffle.

– Général, dit Lloyd. Il faut vraiment qu’on parle des choses qu’on a vues là-bas.

 

 

 

 

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