Épisode 65

Vendredi le 22 décembre

Jour #116

Dans la chambre de Paolo – 22h50

Paolo Moreira

– J-j’aimais mieux dans la salle de bain, qu’il marmonne, un peu renfrogné.

Je fais le tour du lit pour aller fouiller dans le tiroir de la commode et pendant ce temps-là, Vince se tient du côté opposé, à se dandiner sur un pied puis sur l’autre. Les mains dans les poches de son jogging, il en sort une pour jouer nerveusement avec la palette de sa casquette à l’envers avant de la ranger à nouveau.

– Le lit est trop intime? que je demande avec un demi-sourire en cherchant le lubrifiant.

Il hausse les épaules, mais il ne répond rien.

– Je ne vais pas te prendre sur le bord d’un lavabo sans préparations, Vince. Tu n’aimeras pas ça.

En fait, c’est faux. Il aurait sûrement mieux aimé parce qu’il n’aurait pas eu à réfléchir ou à se sentir humilié, sauf que si son orgueil s’en serait sorti un peu plus intact, son culo, lui, aurait pleuré pendant quatre jours. Je n’allais quand même pas le fourrer comme s’il faisait ça tous les jours.

Quant à moi, j’aime autant mieux qu’il ait le temps de réfléchir et de se rétracter avant qu’il ne soit trop tard.

Je sors le lubrifiant et le condom et pendant que je vérifie la date, je sens ses yeux fixer les objets entre mes mains.

– As-tu déjà essayé de mettre quelque chose là-dedans? que je demande en les déposant sur le lit.

Il fronce les sourcils et il me regarde comme si j’étais un épais.

– De quoi, quelque chose?

– Un doigt, un objet pendant que tu te cro…

– Non! qu’il s’empresse de répondre, offusqué.

Je soupire. Dios mío, on part de loin.

– T…t’as raison! qu’il s’exclame. C’est cave, j’ai même pas… j’sais même pas comment… j’…

Il se précipite sur la poignée de la porte, qu’il essaie de tourner à plusieurs reprises, mais comme elle reste immobile entre ses mains, il tire, et tire, et tire encore jusqu’à ce qu’il finisse par pogner les nerfs et par donner un coup de pied dedans avant de se tourner vers moi. Il me regarde, désemparé, je fronce les sourcils.

– Tu…, que j’hésite devant sa soudaine panique. Tu m’as demandé de tout barrer pour que personne n’entre. Normalement, si tu tournes le loquet, ça devrait s’ouvrir.

Je réprime un sourire, lui tourne le loquet avant de fixer la poignée.

Sé honesto, que je dis calmement quand ça fait un bon sept secondes qu’il reste là, immobile. T’as pas vraiment envie de partir.

Ses épaules s’affaissent, il soupire en se passant une main dans le visage.

– Esti que j’me sens cave, qu’il marmonne.

Porqué?

– Parce que, crisse! J’ai jamais fait ça, toé on dirait que tu fourres des culs à chaque jour!

Y qué? je demande, en haussant les épaules. Tu penses que je savais ce que je faisais la première fois?

Il ne bouge pas. Il ne revient pas vers moi, mais il ne sort pas de la chambre non plus. Je pense que je commence à comprendre comment il marche ; il va falloir que je le prenne en charge. Je ne peux pas être trop tendre parce qu’il se sent trop gay, je ne peux pas être trop rough parce qu’il ne sait pas ce qu’il fait, mais il faut que je sois directif, sinon il se sent insécure.

Dios mío.

Je n’ai pas l’habitude de devoir être aussi attentionné, normalement je les fourre et je leur donne un vingt piastres.

– Enlève ton chandail et couche-toi sur le lit, que je finis par dire.

Il m’écoute. Ses joues prennent en feu, mais pendant qu’il rougit, il enlève son chandail, en prenant soin de replacer sa casquette et d’éviter mon regard. Il avance et quand il est arrivé au pied du lit, il hésite quelques secondes avant de faire demi-tour et d’aller éteindre la lumière.

Je ris. Je ne sais pas c’est quand la dernière fois que j’ai fait ça la lumière fermée, mais ça va, au moins, il ne me voit pas quand je ris. Il s’installe au milieu des couvertes et je prends un bon cinq secondes à me demander comment je vais faire ça. J’ai l’habitude qu’ils soient déjà à genoux, entreprenants et avides de faire leurs preuves, c’est nouveau pour moi aussi, ce sweet sex là.

Je le rejoins dans le lit et je m’enligne tout de suite vers la bordure de son jogging. Si je commence à le caresser partout, il va se mettre à paniquer et j’essaie de le détendre, ça fait que je m’enligne sur la bordure avec ma bouche et je baisse son pantalon. Les premières minutes, j’ai peu de réaction, je pense que le sang est trop occupé à lui monter au cerveau pour lui monter au pénis, mais avec un peu d’acharnement, je réussis à avoir quelque chose d’acceptable.

– J’pensais qu’on…, qu’il commence.

Mais j’accélère le rythme, sa phrase se termine en un court gémissement.

– Arrête de penser, que j’ordonne sèchement avant de continuer.

Il glisse sa main sous ma toque et je me raidis. J’hais ça quand ils sont trop dominants, je viens pour l’enlever brusquement, mais comme il ne pousse pas sur ma tête, je me détends. Sois patient, Paolo, c’est sa première fois ; tant qu’il ne pousse pas sur ma tête, je peux accepter qu’il la laisse là. Je continue à le sucer et lentement, c’est plus son corps qui se raidit entre mes mains. J’aime ça. Je ne suis pas un fervent amateur de faire des fellations, mais j’aime ça. Ça m’excite drôlement de sentir Vincent frémir entre mes doigts — je glisse ma langue sur son érection jusqu’à ce qu’il respire plus rapidement et plus fort, et quand les gémissements deviennent assez rapprochés, je ralentis, je ralentis, je ralentis encore parce que je pense qu’il est juste assez excité pour continuer.

What the fuck, pourquoi t’arr…

– Après, que je le coupe en le tournant et en le relevant sur ses genoux.

Le dos appuyé contre ma poitrine, je sens son cœur battre ; dios mío qu’il est nerveux, je ne sais même pas comment il fait pour tenir debout. À genoux. Il s’incline un tout petit peu pour s’agripper à la tête de lit, je me penche contre lui et quand je commence à le masturber :

– J… Je ne pe…pense pas être capable de faire la m-même chose, qu’il affirme en secouant la tête.

– Correct, je ne m’y attendais pas, que je réponds en saisissant la palette de sa casquette entre mes dents pour le recracher sur le lit.

Le jogging toujours baissé, je me colle davantage contre lui pour qu’il constate que je suis déjà prêt. Il tremble. Même s’il est physiquement imposant, j’ai l’impression qu’il a rétréci de quelques pouces dans mes bras. On dirait qu’il est soudainement plus petit. Je le relève un peu pour le serrer encore contre ma poitrine et avec mon autre main, je tasse mon érection pour glisser mes doigts entre ses fesses. Ok, il est encore nerveux, que je remarque en palpant son derrière.

– Tu p-p-pourrais pas juste y aller, au lieu de…?

– De?

– De ma tâter le trou d’cul, esti!

Je ris dans le creux de son épaule.

– Si j’y vais à sec de même, tu vas fendre en quatre et sauter aux rideaux, que je ris encore.

– Hmm, qu’il marmonne simplement en prenant une grande inspiration.

Je mets assez de salive pour que ça glisse facilement et j’y retourne avec mon pouce. Ça prend quelques frottements circulaires et quelques essais pour parvenir à y entrer de quelques millimètres, mais après un moment, j’arrive à y insérer mon doigt. Lentement, je fais des vas-et-viens pour adoucir l’intrusion.

– Si tu continues à retenir ton souffle, tu vas perdre connaissance, Vince, que je soupire à voix basse.

Il se remet à respirer. Très profondément, ça a l’air de l’aider à se calmer ; ça serre un peu, mais au moins, ça ne bloque pas. Éventuellement, ça se met à entrer plus aisément.

– Est-ce que tu te sens prêt? que je demande.

Il ne répond pas, il hoche la tête avec un bref «hmm-hmm», entrecoupé d’une déglutition. Maintenant que mes yeux se sont habitués à la noirceur, je repère facilement le condom que je retire de l’emballage et pendant que je l’enfile, Vince se retourne furtivement.

– WÔ! qu’il s’écrie en me faisant sursauter.

Il s’avance pour se réfugier à la tête du lit et maintenant qu’il a mis une certaine distance entre nous, il fixe mon érection, les yeux exagérément écarquillés.

– What the fuck, ça ne va jamais rentrer dans mon cul!

Je reste bouche bée pour quelques secondes.

– Heu… tu veux que je fasse quoi? Que je le coupe de deux ou trois centimètres pour ce soir?

Il me fixe, il secoue la tête, il me fixe encore, il se passe une main dans le visage en soupirant.

– Fuck, esti. J’aurais jamais pensé que t’avais une graine de pornstar. Fuck!

Il se met à se dandiner d’incertitude et moi, je ne sais pas pourquoi, mais on dirait que ça m’excite encore plus. Je le ramène près de moi, je le replace à demi-accroupi sur la tête de lit et je m’apprête à entrer.

– Si ça fait mal, tu me le dis et j’arrête. C’est pas plus compliqué.

– Si ça fait m… Si ça fait mal, qu’il répète. Tabarnac, c’est sûr que ça va faire mal, t’es équipé d’un rouleau à pâ…

Il s’interrompt parce que je viens d’ajouter une poignée de lubrifiant et de pousser d’un demi-centimètre. J’attends. Je sais que ce n’est pas agréable la première fois, j’attends qu’il mesure l’ampleur de la sensation et qu’il me dise d’arrêter, mais il ne le fait pas. Il respire plus intensément et je perçois de l’inquiétude dans son souffle, mais il ne me dit pas d’arrêter, alors je pousse un peu plus loin. À peine. Juste assez pour que ça commence à bien se lubrifier.

– Tabar…, qu’il commence en se mordant le poing.

– Est-ce que t’aimes mieux que je me couche et y aller à ton rythme?

– T’es-tu malade, esti! J’vais m’empaler jusqu’au fond de la gorge avec c’t’affaire-là!

Je ris.

– Veux-tu que je m’enlève?

– N-nenon, ça va. C-c-cont…, qu’il répond avec la voix qui tremble.

Je sais qu’il ne sera pas capable de terminer sa phrase, il ne sera pas capable de donner l’impression d’aimer ça. J’y vais. Lentement. Très, très, très lentement. À un moment donné, je manque un peu d’équilibre, alors je me penche par-dessus lui et je m’agrippe là où sa main tient la bordure de bois pour mieux me retenir. Je fais des minuscules allers-retours, un peu plus loin à chaque fois et quand j’y suis complètement, je soupire dans son dos, le front appuyé contre sa nuque.

Dios.

Mío.

Que.

C’est.

Bon.

Ok, j’ai l’impression de faire l’amour plus que de fourrer. Autant de douceur n’est pas dans mon champ d’expertise, normalement je n’ai pas besoin de préserver les autres de leurs sentiments (ou bien je m’en fous simplement), mais Vincent n’est pas tous les autres. Il faut que je me retienne un peu parce que… parce que…

Bon sang, j’ai envie de le prendre avec de la vigueur et de l’entendre aimer ça!

Mais je me retiens. Je me retiens et je continue à y aller lentement, jusqu’à ce que le rythme devienne un peu plus constant et que ce soit naturel. Enfin… naturel pour sa première fois, assez naturel pour qu’il se retrouve à quatre pattes et que je puisse me tenir sur ses hanches plutôt que de me tenir à demi debout. Son dos est humide, ma main file sur sa sueur quand je la glisse à son épaule pour le rapprocher de mon bassin. Rapidement, je pense que j’oublie qu’il est novice et je donne un coup trop fort, ses bras cèdent et il tombe la face dans le creux de l’oreiller.

– Aïe! que je l’entends s’exclamer dans un son étouffé.

Oh, mierda! que je m’empresse de le redresser. Ça va? Est-ce que je t’ai fait mal?

– Non, qu’il répond en me regardant amèrement du coin de l’œil. Continue.

Je continue.

Lo siento. C’est juste que… eres… tan… bueno… qué…, que j’articule entre chaque va-et-vient.

– Paolo, qu’il couine. On peut-tu ne pas avoir une conversation pendant que t’as ta graine dans mon cul! qu’il lâche sèchement.

Je ris. Brièvement parce que je suis trop occupé à me gérer, je reprends le bon rythme et cette fois, je le maintiens sur ses genoux en le tenant contre moi pour m’empêcher de m’emporter à nouveau. Avec davantage de contrôle, je me concentre sur les serrements plus ou moins réguliers de son corps autour du mien, en réprimant un peu plus d’envie chaque fois. J’accélère un tantinet, sans y mettre trop de force, le temps s’écoule, je sens la tension monter. Son corps est brûlant. Le mien aussi. J’ai chaud, il est toujours bien bandé dans la main avec laquelle j’ai recommencé à le masturber. Ça perturbe un peu le beat, mais ça va, ça me régule sur la force avec laquelle y aller et au moins, j’ai l’impression qu’il n’hait pas ça. Je dirais même qu’il aime ça. Je ne sais pas combien de temps ça dure. Le plaisir progresse, j’ai de la misère… contrôle-toi, Paolo. Contrôle-toi!

– Chero, je pense que je vais…

Il s’agrippe à mon avant-bras qui s’enroule autour de son cou, mes dents se contractent sur la courbe de son épaule, je me contrôle, je me contrôle, je sens la charge électrique commencer à m’engourdir tous les membres, je me retiens, de toutes mes forces pour ne pas donner de dernier de coup et lui faire mal. Je pense que je commence à l’étouffer. Il tire sur mon bras, je le repousse à quatre pattes, je tords ses épaules entre mes doigts. Il gémit. J’arrête de respirer, je me contracte, ça s’en vient. C’est à ce moment-là que je vais… je le sens, je le sens, puta madre, je vais…

– Hmmm-mm, que je réprime dans une longue plainte quand je le sens se resserrer autour de mon éjaculation.

Je tombe les deux mains sur la bordure de bois, je reprends mon souffle tandis qu’il ne bouge plus.

– Ça… ça va? que je demande, inquiet quand ça fait quelques secondes qu’il est immobile.

– Ou-oui, qu’il bégaie, mou comme un chiffon.

Je me retire et pendant que j’enlève le condom, il se tourne vers moi et il se passe une main dans les cheveux, visiblement mal à l’aise. Il reste sur place, gêné. Je pense qu’il ne sait pas quoi faire, j’assume que normalement, c’est lui qui finit tout ça en retirant le condom. Une fois que je l’ai déposé au fond de la poubelle, je le soulève par les fesses et que je le couche sur le lit.

– Qu’est-ce que tu fais? qu’il demande nerveusement.

– Je te finis, que je réponds en le prenant dans ma bouche.

 

 

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