Épisode 61

Le vendredi 15 septembre

Jour #18

Dans une bijouterie  – 8h05

Mathieu Lacombe

 

– 91,98$, qu’il dit en pitonnant sur sa caisse.

– Qu-quoi? que je lui demande de répéter en écarquillant les yeux. C’est genre, trente-cinq piastres réparer une chaîne, avez-vous forgé les mailles manquantes avec du Valyrian steel?

Il me regarde avec ses grosses lunettes pis son beigne de cheveux gris échevelés. À l’âge qu’il a, j’en conclus qu’il ne comprend pas ma référence ou ben qu’il ne me trouve pas spécialement drôle.

– Connais-tu ben des bijoutiers qui prennent ta commande cinq minutes après la fermeture et qui ouvre une heure plus tôt pour la job expresse que tu vas revendre dans la rue, au triple du prix? qu’il demande en faisant rouler son dentier. C’est ça. 91,98$.

Je viens pour protester, je croise mon reflet dans le miroir, je me rétracte. Ok, j’avoue que j’ai l’air d’un petit crisse avec ma face qui a l’air d’avoir vécu une cuisante défaite contre Mohammed Ali, ça fait que je capitule et je lui donne son argent. Même si j’essayais de le convaincre que j’ai de nobles intentions, il serait probablement aussi sceptique que ma mère quand elle a pété du cœur et que je lui ai dit que j’étais juste tombé en skateboard. Elle s’est retournée pour me demander de chercher la poignée dans son dos pis moi, ben, j’suis un ado docile, ça fait que je l’ai cherchée à sa demande, elle a pogné les nerfs. «Ok, ok, je l’admets, Cyn aime ça un peu rough», que je lui ai dit. Elle a encore plus pogné les nerfs, elle a compris qu’elle n’obtiendrait sûrement pas la vérité pis elle a fini ça en me disant que s’il fallait encore qu’on déménage parce que je me faisais mettre dehors de l’école pour une niaiserie, la poigne de Cyn aurait l’air d’un hug de Calinours à côté de la volée qu’elle allait me sacrer. Je lui ai répondu que sa référence de 1997 ne m’atteignait pas et quand elle est sortie de ma chambre en sacrant, j’ai compris que ma mère n’apprécierait jamais la qualité de mon humour.

En tout cas. Je donne l’argent au vieux, je mets la chaîne dans ma poche et j’embarque dans ma voiture. Avec ce qui s’est passé hier soir, je me doute ben que Benji ne sera pas à l’école aujourd’hui. Je me mets en route vers chez lui et juste pour être certain, je texte quand même Cyn.

Math Lacombe : Benji est-tu à l’école?

Cyn Murphy : Nope. Je t’ai dit de pas me texter.

Math Lacombe : Tu m’as aussi dit que t’haïssais les maths pis check comment qu’on ne peut plus vivre l’un sans l’autre!

Cyn Murphy : Bye Math.

Je souris, je range mon téléphone et je me park devant chez Benji. Sa voiture est là, mais pas question de faire ça quelque part ailleurs que dans un terrain neutre, des plans pour que je me ramasse à perdre mes dents de sagesse à frette si je mange une autre volée. J’attends — je me dis bien qu’il va finir par sortir — et autour de 9h30, bingo! Son capuchon sur la tête, ses lunettes de soleil qui cachent la patch sur son œil, il embarque dans son char et il sort du parking, moi qui le suis à une certaine distance. Vingt minutes plus tard, on est dans le stationnement du Vodka Red Boules.

J’attends qu’il entre pour ne pas qu’il me voie, mais à la place de se diriger à la porte principale, il prend l’allée sur le côté du bar et il disparaît. Cinq minutes s’écoulent avant que je m’engage dans la ruelle à mon tour. Quand j’arrive, il n’y a personne. Je longe l’allée et rendu à peu près au centre, je trouve un escalier qui descend vers une porte. Je le dévale, j’enclenche la poignée, je tire.

Rien.

La porte est barrée.

– J’peux t’aider? que j’entends dans mon dos.

Je me tourne et en haut de l’escalier, ce que j’assume être le doorman me fixe, les bras croisés. Les muscles de son biceps frétillent à une vitesse que j’apprécie moyennement compte tenu qu’ils font le double de ceux de Benji et que la dureté de mon crâne n’y survivrait définitivement pas s’il décidait de me puncher.

Calvaire.

J’aurais dû boire plus de lait dans ma jeunesse.

– Heu, ouais je cherche…, que je commence à improviser.

Je commence à improviser, mais plus j’y pense, plus c’est difficile d’inventer ce que je cherche parce que je n’ai aucune idée de l’endroit où on est.

– Je…, que j’essaie à nouveau.

Sans plus de résultats.

Hmm.

Ça allait être un problème.

 

Dans le Vodka Red Boules – 10h00

Benjamin Franklin Junior

Another one, Gladys, que je soupire en glissant mon verre sur le comptoir.

– Tu trouves pas qu’il est un peu tôt pour un troisième rhum, babe?

Another one, je réponds en prenant mon front dans mon main.

Elle remplit mon verre, elle fait glisser lui sur le comptoir, je le bois d’un shot. Je cogne mon verre sur le bois pour qu’elle remplisse lui encore.

I’ll drink the next one slowly, I promise.

Elle le remplit un nouvelle fois and this time, I only take a sip.

– Qu’est-c’est qui s’est passé,  p’tit coeur? qu’elle demande avec son voix rauque.

Nothing. Just a rough day.

– Rough day, hmm? qu’elle répète en pointant mes jointures pleines de gales et de sang séché. Ton père encore?

If only. At least the dipshit would have fucking deserved it.

No. Instead, j’ai sacré un volée à mon buddy and as if it wasn’t enough, j’ai sacré un volée au mur de mon chambre en espérant me faire assez mal pour avoir ce que je mérite. I never reached the  »enough » part, but maybe I can drink enough to challenge the brick wall later on.

Not today, Gladys, que je marmonne. Not today.

Je pense qu’elle comprend que je ne suis pas dans le mood d’avoir un talk, elle me laisse tranquille. I close my eye, I breathe, I rest my head on the bar. Maybe I can drink myself to sleep sans avoir des fucking flashbacks du face de Math quand je le frappais avec mon poing. Je prends un gorgée et juste comme je ferme encore le yeux :

– Yo, Benji! que j’entends dans mon dos.

Ugh. What is it now? Could everyone leave me the fuck alone?

– What? que je demande sèchement en me tournant.

My heart stops.

Escorté par Jay, Math est à quelques mètres de moi, raide comme un barre en dessous du main de Jay qui serre son cou just enough pour le prévenir de ne pas faire de dick move.

– Il dit qu’il est ici pour te voir, tu sais qui c’est?

I …

Jay regarde moi, je regarde Math, Math regarde moi and I hardly recognize him. Le lèvre fendue à deux places, il a le nez mauve and scratches all over his face, probably due à quand j’ai cogné son tête sur le garage. He keeps looking at me and I think I…

I think I…

 I’m gonna puke.

Benji? que répète Jay.

Ye… Yeah, I-I-I know him. It-its cool.

Il hoche son tête, il lâche Math et il retourne garder le backdoor pendant qu’on reste là, à se regarder en silence.

He knows.

He fucking knows I’m the one who did this.

– Je peux? qu’il demande poliment en pointant le banc vide à côté de moi.

Yeah, of… of course.

On s’assoit, il commande un bière et à voir son visage, Gladys isn’t an idiot, elle se doute sûrement que ses blessures ont quelque chose à voir avec mes jointures. Elle me fixe et quand je hoche la tête, elle finit par lui verser son verre. On reste assis, à boire sans dire un mot pour les cinq minutes qui suivent. Je ne sais pas quoi dire. I can’t look at him sans sentir le guilt et le rhum me remonter dans le bouche. I can’t say anything without sounding like a fucking apologetic idiot, I can’t even breathe without smelling my own traitor’s breath. It’s unbearable.

It’s fucking unbearable.

– Tiens, qu’il finit par dire en glissant un objet vers moi. Je l’ai fait réparer.

Il ôte son main et sur le comptoir, mon chaîne en or brille dans le reflet du lumière. Pendant qu’il prend un gorgée de son bière, je fixe le bijou wishing he’d be a fucking asshole and yell at me instead of being fucking nice-guy-Math. Je ferme le yeux, je prends mon tête dans mon main et je soupire. Mon gorge hurts as fuck.

– I…, que je commence.

– C’est chill, qu’il me coupe en fixant son verre. C’est chill, Benji. Je comprends pourquoi tu l’as fait.

I…, que j’essaie encore but I end up keeping quiet one more time.

– Qu’est-ce qu’il a contre toi? qu’il finit par demander.

I don’t think I can speak that long without breaking into pieces so à la place, je prends mon téléphone, j’ouvre le conversation avec le other asshole et je lui donne. Pendant qu’il lit les menaces de dénoncer à la police que le Vodka Red Boules fait du blanchiment d’argent pour le crime organisé, je commande un autre rhum à Gladys. Quand il a terminé, il me tend mon téléphone et il acquiesce en silence.

– Pour le WB? qu’il demande.

Je fais signe que oui.

– T’as quelque chose à voir là-dedans?

Je fais signe que non.

– Il a quoi comme preuves?

I don’t know, Math. I don’t give a fuck about the WB, but it’s been going on for years and this is as close as I have to a family. If the bar goes down, Gladys goes with it and I can’t let that hap…

J’comprends, qu’il me coupe encore.

Il prend un gorgée et il se tourne encore vers moi.

– Il t’a laissé tranquille après que tu lui aies envoyé la photo de moi?

Je fais signe que oui.

– Good, qu’il répond.

Il lève son verre, il attend que je cogne le mien contre le sien, mais à la place, je le fixe, jusqu’à ce qu’il se tourne vers moi pour voir ce que je fais.

Wh… What the…

What the fuck is wrong with this guy? I beat him up and he’s asking me to cheer with him.

– S’il te blackmail et que t’as pas eu le choix de faire ça, ça veut dire que ce n’est pas toi qui lui donnes de l’info sur les autres, qu’il explique.

He smiles, I don’t, we cheer, we drink.

– Just so you know, que je reprends, whatever Cyn did, I’m pretty sure she did it for the same reason. You should… maybe you should… you know… leave her alone?

– Je sais, qu’il répond.

Je me tourne vers lui, surpris.

– Je sais, elle m’a appelé après pour m’expliquer pourquoi elle avait fait ça. On ne s’est pas vraiment pognés, c’était arrangé. Cass, le pot de peinture pis toute. Cyn était dans le coup.

Wha… What? que je souffle faiblement en fixant mon verre.

Je ne vois pas mon visage, but I’m pretty sure que tout le sang que j’ai dans le corps vient de faire quatre tours sur lui-même avant d’arrêter de circuler et que mon face a viré au blanc. Ma lèvre shake, j’essaie de bégayer some words, but this is just too much. Si les photos de Al sont sorties parce que Clovis n’a pas voulu enlever les barrières du site et si Cyn a mis Math dans le coup pour qu’il soit au courant, it means I…

It means I’m the only traitor who fucking betrayed him.

Je mets mon front dans mes paumes and I give up. Je commence à être un peu drunk et I don’t think I can hold this any longer so I just start crying.

– I’m so sorry, Math. I’m so so…

Il me prend par le cou et il le serre entre ses doigts.

It’s all good, brother, qu’il dit dans son anglais cassé. It’s all good.

– No, it’s not! que je m’exclame, en repoussant son bras. It’s fucking not! Do you know what happens to people like me? Do you have any idea, Math?

Il garde le silence.

– People like me don’t go to college, man. Most of us don’t even go through highschool. We ain’t good at nothing. We’re only good at crimes. We sell drugs, we steal shits and we get paid to beat people up. Et même ça, I can’t even do properly — you’re not supposed to beat the shit out of the person who pays you. You’re supposed to back this motherfucker up. And what did I do?

Benji, t’avais pas le…

I swore I’d never use violence again and what did I do? I broke that vow to fuck one of my only friends up! That’s what I did. I’m done man. I’m fucking done!

Je cale le reste de mon verre et pendant que je le dépose d’un coup sec sur le counter, Math soupire.

– C’est correct, Governor. Je comprends, qu’il dit. J’pensais pas que ça irait aussi loin et je comprends que tu veuilles débarquer de la busi…

– Débarquer? que je le regarde comme s’il était un idiot. I won’t fucking débarquer! I’m done with this stupid promise I made to myself years ago. This is the only thing I’m good at. Fuck that shit! Let’s go find that motherfucker!

Je me lève, je pars et pendant que j’avance vers la sortie, j’entends Math courir derrière moi pour me rattraper.

Whoever I hit next  will be whoever Math asks me to.

That’s a promise I can hold.

 

Dans une ruelle – 13h00

Mathieu Lacombe

J’aurais pensé qu’après avoir dégrisé, Benji aurait peut-être changé d’idée, mais non. Après trois heures, il est toujours là, à se craquer les jointures pendant qu’on attend Vince et Cyn, au lieu de rendez-vous.

– You really think it could be him? qu’il demande en se gratant le pinch.

– Aucun idée, que je soupire. Je ne sais pas, mais si ce n’est ni Clovis, ni toi, ni Cyn, qui d’autre a assez d’informations sur tout le monde pour vous blackmailer?

Yeah, I know. It just seems weird that he would…

– Sup, fuckers! qu’on entend crier à l’autre bout de la ruelle.

On se tourne et à une bonne trentaine de mètres, Vince s’en vient, son jogging qui lui pend au cul, la casquette à l’envers, l’air de ne pas avoir dormi depuis quatre jours.

Want me to punch him in the guts? que demande Benji à voix basse.

– Non. Je veux juste qu’il ait assez peur pour avouer si c’est lui.

Vince parcourt la distance qui nous sépare et quand il arrive devant nous, il me dévisage.

– Shit, qu’il lâche en s’avançant pour mieux me regarder. Qu’est-ce c’est qui s’est passé avec ta face?

Au lieu de répondre, je fais signe à Benji et deux secondes plus tard, il est derrière Vince, en train de l’empoigner par les bras. Au début, Vince est trop surpris pour réagir, mais quand il comprend que Benji est en train de l’immobiliser, il commence à se débattre. Il essaie de donner un coup de tête à Benji qui l’esquive avec facilité, considérant qu’il fait deux fois sa largeur.

– Yo, what the fuck! qu’il s’écrie en essayant inutilement de se dégager. Lâche-moé, esti!

Il essaie encore une fois ou deux de se défaire de l’emprise de Benji, mais bientôt, il le serre tellement fort qu’il n’est plus pantoute capable de bouger.

– C’est quoi l’esti de joke? qu’il crie.

– C’est qui? que je demande.

Il écarquille les yeux, il attend que je poursuive et comme je ne dis rien, il shake la tête avec impatience.

– C’est qui quoi?

– C’est qui qui blackmail tout le monde?

– De quoi tu fucking parles?

Je fais signe à Benji qui le tourne de bord et qui lui accote la face dans le même garage où il m’a pitché, hier soir. Comme il n’est plus devant moi, je suis obligé de faire le tour pour venir me placer dans son champ de vision.

– T’es pas assez intelligent pour faire tout seul, Paquette. À qui tu donnes de l’info et combien il te paie?

– Je ne sais pas. De quoi. Tu fucking parles., qu’il a de la misère à souffler parce que Benji l’écrase avec son poids.

– Non? Ça fait que t’as reçu quoi, comme menace, exactement?

– Quelles menaces? Ça fait deux jours que j’suis pas à l’école et que j’ai pas parlé à personne d’autre qu’à Cyn. De quoi tu parles avec tes menaces!

– Tout le monde en a reçu. Clovis. Benji. Cyn, que j’explique. Curieusement, y’a juste toi qui n’a pas l’air d’être mêlé à tout ça.

– Du…?

Il arrête de parler.

Il me regarde, il essaie de regarder Benji du coin l’œil, mais il le squeeze un peu plus contre la porte de garage et il n’a pas le choix de revenir à moi.

– Du dude qui envoie des messages weird anonymes? qu’il demande.

– Ah, ça te revient? que je dis.

– Je…

– HEY! qu’on se fait interrompre.

On se retourne tous les trois ou du moins, Benji et moi, on se retourne. Vince, lui, il n’est pas capable de bouger la tête, ça fait qu’il continue à gesticuler sous l’emprise de Benji.

– C’est quoi ça! que s’écrie Cyn qui arrive devant nous, l’air d’être en beau calvaire.

Silence.

– Lâchez-le!

Silence.

– Lâchez-le tout de suite ou je m’en sacre, je cogne le premier que je pogne!

Cyn fixe Benji, Benji me fixe, j’alterne entre les deux. Comme personne ne bouge et que je la vois pomper de plus en plus, je finis par faire signe à Benji qui laisse Vince partir. Vince le pousse, il sacre et pendant qu’il replace sa casquette, Cyn s’en vient se placer entre lui et nous.

– C’est quoi ça? Pis veux-tu ben me dire qui c’est qui t’a scrappé la face dans le trottoir? qu’elle demande.

– Je…, que je commence en échangeant un regard avec Benji. C’est… ben, c’est une longue histoire, en fait.

– Ok? Pis ton histoire, elle explique-tu pourquoi lui sent le fond de tonne pis que toi, t’as l’air de t’être lavé à la laine d’acier?

– En partie, oui. Sauf qu’on était rendu à élucider pourquoi Vince était le seul à ne pas s’être fait blackmailer.

Elle fait un tour sur elle-même, elle nous regarde l’un après l’autre et elle revient à moi.

– Ça fait que c’est pour ça que vous lui avez rentré la face dans le garage.

Silence.

Silence malaisant.

– Hey, belle gang de gros caves, qu’elle nous sermonne. Parce que vous pensez vraiment que Vince aurait aidé quelqu’un à sortir les photos de sa sœur. De Al. De la seule personne qu’il aime plus que lui-même.

Hmm.

Bon point.

J’avoue qu’on ne s’était pas rendus jusque là dans notre réflexion.

Look, we weren’t gonna hurt him. We were just wondering why he didn’t get any messages.

– Pis ça te tentait pas de le demander gentiment au lieu de me plaquer, esti de colon? que s’énerve Vince. J’en ai reçu un message! J’ai reçu un message, j’lui ai envoyé un dick pic pis j’ai pu eu de nouvelles! That’s it! Soit j’ai une belle graine, soit j’suis le seul qui est assez bright pour avoir bloqué l’esti de numéro! Non, mais… crisse. Tabarnac. Gang d’esti de crisses de morons.

 Il continue à sacrer pendant qu’il réajuste ses vêtements.

– Ça te tentait pas de nous le dire?

– Heuuuu… quand ça? Quand vous avez courtoisement ouvert le champ à la discussion? S’cuse, j’étais préoccupé par ma face écrasée dans le métal!

Bon. Ce n’était peut-être pas notre meilleur coup, mais…

Bzzz. Bzzz.

… mais reste qu’on n’est pas plus avancés sur qui est le traître dans l’histoire.

– Pis parlant de traîtres, qu’il reprend, un peu plus en colère à chaque fois qu’il se remet à parler. Y’en a-tu un de vous autres qui avait l’intention de me le dire que le gros Masse avait des nudes de ma soeur? Ou ben c’est à sens unique, ce devoir de loyauté là?

Bzzz. Bzzz.

– Ah, c’est ça, hein! Moé j’suis juste le gros épais de la gang. On s’en crisse que la moitié de mes anciens amis veuillent me casser la yeule parce que je prends de votre bord ou du bord de Cyn.  Tant que je vous sers à quelque chose.

Bzzz. Bzzz.

– Ben c’est ça! Allez chier. Mangez toute de la marde. Sauf toé, qu’il dit en pointant Cyn pis en revirant de bord. Moé, j’crisse mon camp d’icitte!

Bzzz. Bzzz.

Et sur ce, il fait demi-tour et il s’éloigne dans la ruelle en kickant une roche au passage. On le regarde tous partir et quand il tourne le coin à l’intersection et qu’il disparaît, Cyn se tourne vers nous. Les mains sur les hanches, j’ai l’impression de voir ma mère quand elle me menace de me sacrer une volée. Sauf que Cyn est quand même plus sexy que ma mère.

– Bravo, qu’elle lance avec une pointe de sarcasme. Belle job.

Bzzz. Bzzz.

– Vas-tu t’excuser ou tu vas …

Bzzz. Bzzz.

Voyons calvaire, qui c’est qui…

Guys, que je dis en regardant mon cellulaire.

– … ou tu vas faire comme si de rien n’était en espérant qu’il oublie. Parce que…

G-guys, que je bégaie, les yeux fixés sur l’écran.

– … il était quand même là pour toi, à Saint-Barnabé, j’te ferais remar…

GUYS!

Enfin, elle arrête de parler.

What? que demande Benji.

– C’est le…

Comme je ne finis pas ma phrase, ils viennent tous les deux se placer à côté de moi et ils se penchent sur l’écran.

«76 nouvelles commandes», que c’est écrit dans la nouvelle notification.

– soixante-seize? que s’exclame Cyn. Co… Comment c’est possible? C’est genre le trois quarts du secondaire 5.

Je me log, je scroll, je regarde rapidement la demande : résultats de l’examen du ministère de la mi-étape.

What the fuck! Je n’ai jamais mis ça sur le site.

Bzzz. Bzzz.

Nouveau message.

514-555-6186 : En guise de bonne foi. Ce soir, 20h, Bistro Ba-Ha-Mas au coin de Du Parc et de la 32e.

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