Épisode 52

Lundi le 11 septembre

Jour #14

Dans la voiture – 21h30

Paolo Moreira

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est…

Déplaisant.

Comique,  mâle, sexy de cojones avec son look de mauvais garçon qui se met toujours dans le pétrin, mais définitivement déplaisant. J’en connais des cheros déplaisants. Por ejemplo, Esteban. Il est déplaisant chaque fois qu’il a une bouteille de tequila dans les mains. Ou Adriano. Il est déplaisant chaque fois qu’il n’a pas de bouteille de tequila dans les mains. Mais Vince, c’est un naturel. Il n’a même pas besoin de se forcer ou d’y penser, ça sort de sa bouche comme l’air sort de son nez.

– Voyons, tonto, tu ne peux pas dire des choses comme ça!

– Quoi? Elle a déjà une boule à l’air. Pour une de plus, j’y donne cinq piastres, c’est tout.

Dios! Elle est en train d’allaiter.

Il se tourne vers moi, il hausse les sourcils et lentement, il lève le doigt pour la pointer au travers du pare-brise. En silence, il la pointe, il revient à moi, il alterne comme ça quelques fois.

– Elle est en train de faire la rue, qu’il dit. Elle quête du change au feu rouge, le tits dans la yeule de son flo, de voiture en voiture, en implorant qu’on subventionne l’addiction au lactose d’héroïne de son morveux jusqu’à ce que nos taxes financent son futur traitement de méthadone. Tout ce que je dis Paolo, c’est que la moindre des choses, ce serait de nous montrer ses deux boules.

Je secoue la tête, un peu amusé, surtout découragé. Comme dirait ma mère : «c’est une langue sale à passer au lavage triple brassée». À l’extérieur, le sein toujours dans la bouche de son nouveau-né, la fille cogne à la vitre et elle attend que je l’abaisse. Elle a les yeux rougis, la morve au nez et la jeunesse perdue en arrière de sa peau crevassée.

– Salut, qu’elle dit en reniflant. Z’auriez pas une couple de piastres à nous donner qu’on mange à soir?

– Cinq si tu nous montres tes…, que commence Vince qui s’est relevé sur son siège.

Je plaque ma main sur sa bouche et le reste de sa phrase s’étouffe dans ma paume, dans la trace de salive qu’il y laisse. Je pense même qu’il fait exprès de me lécher pour me punir parce qu’il se dégage et qu’il replace sa casquette en riant pendant que je m’essuie sur mon pantalon.

Qué lindo, que je dis en retirant mon porte-monnaie de ma poche. C’est quoi son nom?

– Son quoi?

– Son nom. Au bébé…

– Ah. C’est hum… c’est… hey, Caillou! qu’elle crie en se relevant. C’est quoi le nom du flo déjà?

Vince se tourne vers moi et il me fixe pendant que la fille se penche à nouveau.

– Dino, qu’elle dit. Comme dans les Flinstones. Merci là, c’est ben smath.

Elle prend le billet de dix dollars que je lui tends et elle rejoint son ami à l’intersection quand la lumière tourne au vert. Je remets la voiture en marche. À côté de moi, Vince me dévisage en  silence.

Qué?

Qué! que je répète avec plus d’insistance.

– Le dix piastres, c’est pour quoi exactement? Pour la féliciter d’avoir choisi un nom cave de même ou pour avoir réussi à l’oublier?

Ah, cállate, grosero!

Je le pousse, il me repousse, je lui baisse la casquette dans le visage qu’il replace en riant. Pour le reste du trajet, on ne parle plus, sauf quand il se met a fouiller dans mon coffre à gants et que je lui lance de faire comme chez lui, une ironie à laquelle il répond simplement : «OK.».

Il n’est pas bien.

À mesure qu’on approche du quartier de los niños de ricos, il est de moins en moins bien et comme j’ai confisqué son téléphone pour qu’il arrête de me texter au visage, il cherche quelque chose d’autre avec quoi s’occuper. Il a passé les deux dernières heures à regarder les minutes s’écouler et même quand je l’ai abandonné pour aller faire le souper, il est resté dans le garage, assis par terre à ne rien faire. Je ne voulais pas qu’il entre gelé sous mon toit et visiblement, lui ne voulait pas retourner sous le sien.

– C’est là, qu’il m’indique en pointant la seule maison dont la lumière du porche est allumée.

Je stationne la voiture devant le terrain et j’arrête le moteur. On reste assis en silence. J’attends, pendant qu’il se penche par-dessus moi pour voir quelles voitures sont garées dans l’entrée, et quand la ligne de sa mâchoire est à deux pouces de mes lèvres, je détourne la tête.

Pas si proche, chero. Pas si proche.

– Pourquoi tu ne viendrais pas dormir chez moi? que je propose soudainement, un peu inconfortable de le laisser retourner chez lui, après les histoires de son père.

Il fronce les sourcils et il se rassoit dans son siège, la mâchoire crispée, la main sur la poignée. J’aurais dû faire preuve de plus de subtilité, il devine pourquoi je le suggère et il n’est pas content. Il n’est pas content du tout parce qu’ils sont comme ça, ces gens-là. Ils n’ont pas besoin d’aide. Ils n’ont besoin de personne, ils veulent tout faire seuls et au bout du compte, ils s’éloignent de tout le monde pendant qu’ils s’enfoncent seuls dans la mierda.

– C’est juste que… ta voiture est encore à l’école, je pourrais aller te porter demain matin.

– Ma sœur en a une, qu’il répond sèchement.

Bien. Como quieras.

J’attends qu’il sorte, mais il reste là, à me regarder.

Qué?

– Ben! qu’il s’impatiente. Vas-tu me redonner mon téléphone ou t’attends que j’te suce pour ta charité.

Cielos! que je soupire, stupéfait. Madre mía, Vincente! Tu manges quoi pour avoir la bouche pleine d’obscénités comme ça?

Il tend la main et je lui rends son cellulaire, non pas avant d’avoir ajouté mon numéro à ses contacts. De toute évidence, il ne m’appellera pas s’il a besoin d’aide, mais qui sait, tout d’un coup qu’il prendrait un verre de trop et qu’il déciderait de me récompenser pour ma charité.

Il me l’arrache des mains, il rabaisse son capuchon sur sa tête et il monte l’allée jusqu’à chez lui. J’attends qu’il ait refermé derrière et une fois qu’il a disparu, je mets le moteur en marche et je me dépêche de quitter la rue parce que je rebute ce secteur de la ville. Les nôtres sont sales et peuplées de jeunes qui vont hériter d’un dossier criminel avant d’hériter de leur diplôme, mais au moins, elles sont ce qu’elles sont, aussi dures qu’elles en ont l’air. Ici, c’est comme si on regardait la misère au travers d’un kaléidoscope — les problèmes ne sont pas plus beaux juste parce qu’ils sont cachés derrière les belles couleurs des Lexus. Que leurs poches soient pleines ou vides, le taux de nos consommateurs de drogues dures est identique des deux côtés de la frontière, la seule différence c’est que pendant les uns consomment pour se faire croire qu’ils sont bien pendant un moment, les autres le font et finissent par oublier qu’ils le sont.

Tout le monde dit que les gens riches ne sont pas plus heureux y eso es la mentira más grande de la vida. Le plus vrai mensonge, c’est de se faire croire que les malheurs sont égaux, quand ton plus grand, c’est de vivre sur un nuage que tu négliges en espérant cash in sur sa garantie prolongée, avant qu’elle expire. Et paradoxalement, c’est juste dans cette tragédie-là que la misère des gens riches équivaut à celle des gens pauvres. Au moins, tu sais apprécier un nuage quand tu passes ton temps à te faire mouiller sous la pluie et même si mon père nous a laissé beaucoup d’argent, je me souviens c’est quoi d’avoir froid sous la pluie. Vince, lui, il est en train de geler sous le verglas pendant que son père vandalise le nuage, vu d’en haut. C’est pour ça que je rebute ce secteur de la ville, je méprise les gens riches.

J’engage ma voiture sur le boulevard principal et juste comme j’arrive à l’intersection, une voiture de police me coupe, sans sirène, les gyrophares allumés. Elle s’arrête directement à l’endroit où la fille quête toujours avec son enfant dans les bras. Pendant que j’attends le feu vert, les policiers attendent, les mains tendues, qu’elle leur remette le bébé.

– … un signalement à la DPJ pourquoi tabarnac? que je l’entends crier par la fenêtre. Je l’ai pas battu le crisse de flo, j’t’en train d’y quêter à manger!

Je n’entends pas ce que les policiers répondent, mais la fille commence à s’énerver. Les voitures ralentissent pour voir ce qui se passe et on dirait que ça me met un peu  à l’envers. J’essaie de ne pas regarder, mais c’est difficile de les ignorer quand son ami et elle se mettent à hurler. J’allume la radio pour enterrer les pleurs, en vain. J’ai une boule dans l’estomac. Une angoisse sans raison. Je ne suis pas capable de le chasser, le mauvais pressentiment que j’ai à l’intérieur, comme une alarme qui se met à sonner.

Ce n’est pas la première fois que ça arrive et je me trompe rarement.

Te entiendo papá.

Je le sais.

Je le sens, il y a quelque chose qui va se passer.

Le feu vire au vert et je tourne à droite. C’est à gauche pour aller chez moi, mais me vale, je tourne à droite, je fais le trajet inverse et je reviens sur la rue.

La lumière sur le porche est éteinte.

Je stationne ma voiture et j’attends. Je ne sais pas ce que j’attends exactement, mais j’attends. Je vais attendre juste un petit moment. J’arrête le moteur, je baisse le volume de la radio et j’attends dans le noir, l’œil dans le kaléidoscope pour m’assurer que ça ne se met pas à verglacer.

 

Dans sa chambre – 23h30

Vincent Paquette

Quinze minutes.

Vingt.

Trente.

Cinq de plus et ça devrait être correct.

J’ouvre la porte et je penche la tête dans le couloir.

À part Alice qui pleure dans sa chambre, c’est le silence absolu. Je m’avance sur la pointe des pieds, j’essaie d’ouvrir, mais c’est barré.

– C’est moi, que je chuchote.

J’entends le déclic, la porte s’ouvre à la volée, elle me saute dans les bras. Entre deux gros sanglots, elle s’accroche à mon cou et je mets ma main sur sa bouche pour l’empêcher de faire du bruit.

– Chut, tu vas le réveiller, que je murmure en la poussant à l’intérieur pour refermer derrière moi.

J’essuie ses yeux derrière les vitres de ses lunettes, mais à la seconde où elle voit mon visage, elle se mord le poing et elle se remet à pleurer. J’étouffe sa tristesse dans mon coton ouaté et j’étouffe la mienne dans la colère parce que la colère, ça brûle au lieu de déchirer. Je ne peux pas fendre en deux quand il faut que je m’occupe de ma sœur qui éclate en morceaux.

– C’est pas grave, Al. Pleure pas, r’garde, je ne saigne même pas.

Il y a juste la haine qui m’habite qui saigne. Ma rage de vivre est en hémorragie, mais le reste, lui, est intact. Je la serre fort une dernière fois et je m’écarte pour aller ouvrir le tiroir de sa table de nuit et sortir le poivre que je lui acheté.

– Barre la porte qui donne sur leur salle de bain pis garde ça à côté. Tu m’écris quand il se couche dans sa chambre ou si il essaie d’entrer dans la tienne, OK?

La lèvre qui tremble, elle ravale un sanglot, mais elle ne répond pas.

– OK? que j’insiste.

Elle fait signe que oui. Je lui un bec sur la joue et toujours sur la pointe des pieds, je regagne le couloir et j’avance doucement jusqu’à ce que j’atteigne l’escalier.

– Vinny, qu’elle souffle. Vas pas… Passe pas…

Les doigts dans la bouche, elle me regarde effrayée, mais je lui fais signe de garder le silence. Je me penche par-dessus la rampe pour jeter un coup d’œil en bas, ça va, les lumières sont éteintes. Il doit s’être endormi sur le divan. Je lui indique que la voie est libre pour la rassurer et je descends. Quand j’arrive au rez-de-chaussée, il ronfle dans son cuir à trois mille piastres, qu’il entretient mieux que sa famille. Nous autres, on peut ben fissurer jusqu’à ce que la mousse nous sorte des plaies, mais son cuir par exemple, il shine autant que ses dollars. Je passe devant lui, j’arrive à la porte et juste avant de sortir, je m’arrête.

Je me retourne, je le regarde, lui pis sa bouteille à la main, j’hésite…

Ah pis de la marde!

Fuck you.

Fuck you, sa majesté Paquette!

Je reviens sur mes pas, j’enlève doucement la bouteille de ses mains pis je pisse dans son scotch. La graine sur le bord du goulot, je pisse dedans ben comme du monde avec pour seul regret de ne pas avoir une gonorrhée ou une hépatite qui l’infecterait comme il infecte notre vie depuis seize ans. Je la remets en place, je change ma casquette de bord pour que la palette me cache le visage et j’enfile mon capuchon.

À la seconde où je passe la porte, je la sens, la brûlure qui commence à chauffer dans ma gorge. Celle-là, je ne sais pas si elle vient de la colère ou de l’alcool qu’il a bu parce qu’on le boit à deux, ce quarante onces là. Pendant qu’il vit son buzz de brosse, moi je vis avec les dommages, il me magane à la même intensité qu’il magane son foie.

Je marche vers la rue et à mesure que j’avance, je commence à manquer d’air.

J’ai chaud.

J’ai chaud pis on dirait que le collet de mon hoodie me serre, je tire dessus pour respirer. J’avance, j’avance plus vite, plus vite encore, je me mets presque à courir parce que je reconnais tout de suite le feeling, le même que quand j’ai pété ma coche devant Cyn après le petit numéro de PCP.

Fuck.

 Fuck!

Fuck that, je cours à pleine vitesse, j’enjambe les lumières, je saute par-dessus la haie, je m’enfarge, mais je continue pareille. Je contourne l’arbre et une fois sur le trottoir…

– Vince!

Je m’arrête sec.

Je sursaute, je pense que je me quitte le corps, je fige et je ne suis plus capable de bouger.

– Ça va? que demande Paolo en sortant de sa voiture.

– Qu-qu’est-ce…, que je bégaie. Qu’est-ce tu…?

Je ne suis pas capable de finir ma phrase, mais je ne comprends pas ce qu’il fait là, ça fait deux heures qu’il m’a déposé chez moi. Je regarde à gauche, puis à droite, je regarde l’heure, je me gratte la tête et quand il s’approche de moi avec son air plein d’inquiétude, je finis par comprendre.

Sacrament!

Crisse de tabarnac de sacrament, il est resté pour me surveiller, le calisse!

Il me rejoint sur l’asphalte et je serre les poings.

S’il ose…

Si. Il. OSE… me regarder une seule seconde avec dans la pitié dans ses yeux, je le cogne. Je m’en sacre qu’il m’ait fait du filet mignon pour souper, je le cogne, je l’étrangle et je l’étouffe dans le gazon.

Il me glisse un doigt sous le menton et il me lève la tête dans la lumière du lampadaire.

– Touche-moé pas! que je crache sèchement en donnant un coup sur sa main avant de détourner le regard.

Je rajoute un «tabarnac» ou deux entre quelques essoufflements et je garde la tête baissée, tournée sur le côté. Je ne sais pas ce qu’il fait parce qu’il n’a pas l’air de bouger, mais je ne peux pas. Je ne peux pas lever les yeux, même si je le frappe après, je ne serai pas capable d’endurer une once de fausse compassion, je l’ai supportée de mes oncles et mes tantes pendant des années. Les gens pensent que ça t’aide de t’adresser leur tristesse et leur empathie, mais c’est encore pire, on dirait. Comme si leur petite larme allait changer de quoi au fait que je vais dormir dans mes bleus pendant qu’ils vont dormir dans leur duvet d’oie.

Alors on reste comme ça pour un bon moment.

Je change la tête de côté, je reviens de l’autre, il est toujours immobile et quand ça fait une bonne minute qu’on est là comme deux imbéciles, je finis par lever les yeux.

– Quoi! que je m’écrie, prêt à affronter son indulgence. Pourquoi t’es encore ici, qu’est-ce tu veux?

Il me fixe, sans expression, la mâchoire crispée et les narines gonflées. On se dévisage comme ça pour un vingt secondes de plus pendant lesquelles il ne fait que m’observer sans rien dire. Ça commence à me rendre inconfortable. Au bout d’un moment, il finit par dériver vers l’entrée et il me contourne pour s’avancer sur le terrain.

– Qu…qu’est-ce tu…?

Il marche vite, je dois presser le pas pour le rattraper.

– Tu t’en vas où comme ça?

Silence.

– T’as pas la permission d’entrer!

Silence.

– Vas-t’en esti! que je dis en bondissant devant lui.

J’essaie de lui bloquer le passage, mais il me contourne et il poursuit son ascension. En dedans, je me mets à paniquer un peu. Je ne sais pas pourquoi, mais je panique. Ça recommence. La gorge qui serre, le manque d’air, j’essaie de respirer et il fait chaud. Très chaud. Je me mets encore devant lui et cette fois, je le pousse. Il essaie une à nouveau de passer à côté, mais je le pousse, je le repousse, puis une autre fois, puis je le pousse avec de plus en plus de rage, que je finis par grogner ou peut-être par crier en le bousculant de toutes mes forces. Il s’arrête et je cogne mes deux poings sur son torse. Une fraction de seconde plus tard, on est les deux au sol, il me renverse et il embarque par-dessus moi pendant que je me débats.

– Arrête! que j’hurle, hors de contrôle. Arrête crisse, tu vas juste tout empirer!

– HEY! qu’il s’écrie en me retenant les poignets au sol. Calme-toi!

Je continue à gesticuler pour me défaire de son emprise, mais il est trop fort. Au bout d’un moment, je finis par abandonner, je suis épuisé.

Cálmate, qu’il dit plus doucement. Je ne vais pas le cogner, on va juste faire ton sac.

– Mon… mon…?

Je suis à bout de souffle.

– Ton sac, qu’il termine à ma place. On va juste faire ton sac, tu vas passer la semaine chez moi.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

– T’es calme maintenant? Je peux te lâcher?

Je ne réponds pas, mais j’imagine que comme je ne bouge pas non plus, ça suffit à le convaincre. Il se relève, il me tend la main et d’un élan, il m’aide à me remettre sur mes pieds. Je suis étourdi et je ne vois plus très clair, à cause des points noirs. Tout ce que je sens, c’est sa main sur ma nuque qui m’oblige à tourner la tête vers lui. Je cligne des yeux, les siens cherchent les miens, ma vision commence à se replacer.

– Ça va? qu’il demande. T’as pas l’air bien, est-ce que ça va?

– Arrête de me parler comme si j’étais un enfant, c’est pas la première fois qu’il…

– Je ne parle pas de tes blessures, je parle de toi, qu’il me coupe en m’enfonçant son index dans la poitrine. T’as l’air dans les vapes, est-ce tu vas perdre connaissance?

– N-non…

Je ne comprends rien.

Je suis un peu perdu, je me gratte la tête et je regarde autour pour essayer de démêler ce qui vient de se passer. Pourquoi il est là? Pourquoi il veut faire mon sac, qu’est-ce que ça peut bien lui foutre ce qui se passe dans ma vie? Et pourquoi il est fâché? C’est moi qui vient de se faire casser la gueule, il n’y a que moi qui a le droit d’être fâché et il est en train de me l’enlever parce que je suis ben trop confus pour être en crisse.

– OK, bien, qu’il dit. Vamos chero.

Il ramasse ma casquette sur le sol, il me l’enfonce sur la tête et il remet mon capuchon par-dessus. On entre, on passe devant mon père qui n’a pas bougé d’un poil et on monte directement à l’étage. Pendant qu’il sort des vêtements qu’il fourre dans mon sac à dos, je reste à l’arrière jusqu’à ce qu’il ait terminé et qu’on retourne à sa voiture. On ne parle pas de tout le trajet.

J’essaie.

J’essaie que reprendre un peu de contrôle avec mon ton arrogant :

– Je n’ai pas besoin d’une babysit…

– Cállate. Je ne veux rien entendre.

Ce n’est pas sèche, ce n’est pas impoli, c’est juste sans réplique. Je ne sais pas quoi rétorquer alors je l’écoute, je me tais et on ne dit rien jusqu’à ce qu’on arrive chez lui et qu’il dépose mon sac dans sa chambre.

– La prise pour ton téléphone est derrière la table de nuit, je vais te sortir des serviettes propres et tu me réveilleras quand tu te lèves, je vais te faire à déjeuner. Si t’as besoin de quelque chose, sers-toi, tu peux faire tout ce que tu veux sauf rentrer ici, gelé comme une balle, ça c’est hors de question. Ok. Bonne nuit.

– Ben, je ne suis pas vraiment fatigué, là…

– Il est minuit. T’as de l’école demain, tu t’en vas te coucher.

Il ferme la lumière, il passe devant moi et il va s’installer sur le sofa. Toujours dans le cadre de porte de sa chambre, je regarde la pièce plongée dans le noir, je regarde Paolo qui fait comme si je n’étais pas là, je le fixe, il m’ignore, je finis par rire.

Je ris tout seul et lui, il ne dit rien.

– T’es rendu mon père, maintenant?

– Non, qu’il soupire. Moi, contrairement à ton père, je ne te ferais pas mal, Vincent Paquette.

Il allume la télévision, il croise les mains derrière la tête et il dépose ses pieds sur la table. Comme ni l’un ni l’autre ne semble avoir de quoi à ajouter, je fais demi-tour. Je n’ai pas la force de m’obstiner, je hausse les épaules, je fais demi-tour et je m’en vais me coucher.

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