Épisode 48

Lundi le 11 septembre

Jour #14

Devant l’école – 7h45

Cynthia Murphy

 

Comme la plupart des élèves n’arrivent pas à S. de Champlain avant que les portes soient ouvertes, on est presque seuls sur le terrain de l’école quand Math nous demande de le rejoindre à la statue, à 7h45. En nous voyant arriver, il lève la tête. Il a les yeux rouges, les paupières lourdes et les orbites auréolées par deux cercles mauves qui s’étendent jusqu’à ses joues.

Il a l’air de Vince dans ses pires journées.

– Pornhub ou Youporn? que je demande en prenant le café qu’il me tend.

– Toi, qu’il répond en se frottant les yeux. Toi, mon imagination, les souvenirs de samedi pis ma main droite… c’est vous qui m’avez gardé éveillé toute la nuit.

– Hmm. Pis ils disent que le romantisme est en voie d’extinction.

Il essaie de m’envoyer son sourire charmeur, mais je pense que même son sex appeal l’a abandonné pour aller se coucher.

Les autres arrivent quelques secondes après moi et comme on doit se dépêcher avant que Vince ne soit vu avec nous, Math va droit au but.

– Vous avez ce que je vous ai demandé?

Je sors la vingtaine de copies de la fiche descriptive des personnages du Comte de Monte-Cristo, ce qui allait servir d’échantillon gratuit pour les nouveaux abonnés, et Clovis fait pareil avec le corrigé du test de mathématiques trouvé dans la session de Gilbert Masse. Math les feuillette brièvement avant de les ranger dans son sac et de sortir quatre billets de vingt de sa poche.

– Pour le rush de dernière minute, qu’il dit en nous les distribuant. On va faire comme on avait prévu, il va juste falloir qu’on s’adapte un peu, vu les circonstances. Le courriel a déjà fait le tour. On a reçu une quinzaine d’inscriptions et le triple de visites sur le site, ce qui veut dire que même s’ils ne se sont pas encore tous inscrits, ils veulent savoir ce que c’est.

All right, so what do we do now?

– On a un peu perdu notre effet de surprise, on va essayer de se rattraper sur l’exclusivité. Quand la cloche va sonner, je vais accepter l’inscription des huit personnes qu’on avait choisies, Vince inclusivement. Pour le moment, tout ce qu’ils vont avoir, c’est l’échantillon gratuit, glissé dans leur case avec une note comme quoi l’abonnement est annulé s’ils le partagent à quelqu’un d’autre. Tout ce qu’il faut, c’est qu’ils confirment aux autres que le site est véridique et que la marchandise est livrée.

– Et t’espères qu’ils vont juste prendre ton avertissement pour du cash et ne pas photocopier le travail pour le reste de leurs amis? que demande Vince.

Math soupire et il hausse épaules.

– C’est nouveau, ça va créer un hype et je ne pense pas que les gens vont prendre le risque d’être rayés avant d’en savoir plus. Ou du moins, de savoir qui est derrière ça. J’ai bloqué le système qui génère les rendez-vous pour les livraisons en mains, ça fait que jusqu’à ce que j’en sache plus sur ce qui s’est passé, on garde ça mort, compris? Pas un mot, c’est crucial qu’on garde notre anonymat.

Yeah, about that… T’as un idée de comment c’est arrivé?

Math secoue la tête et pendant qu’il fixe le vide, ses deux yeux se perdent dans le même trou. Je l’ai déjà vu sérieux, je l’ai déjà vu en beau maudit, mais en ce moment, il est dans un état tellement second que j’ai même de la misère à comprendre comment il fait pour tenir encore debout.

– Vous êtes sûrs, à cent pour cent, tout le monde, que vous n’avez parlé de ça, à personne? qu’il demande en insistant bien sur chaque mots, certains plus que d’autres.

Évidemment, on répond tous par l’affirmative.

Évidemment, personne ne parle et personne n’oserait le dire.

Évidemment, nos regards bifurquent inévitablement vers Vince, le seul qui serait susceptible d’avoir fait foirer le plan parce que c’est le seul qui fraternise avec l’ennemi. Sauf que pendant que les inscriptions commençaient à entrer, Vince était naïvement en train de se faire cruiser par Paolo, ce qui lui donne au moins un maigre alibi. En même temps, je sais que Math ne le dirait pas aux autres pour ne pas les alarmer, mais il m’a confirmé que c’était impossible que les courriels aient été générés par un envoi automatique, ce qui veut dire que nécessairement, une des cinq personnes présentes est responsable de l’invitation hâtive.

La question : qui?

Qui d’entre nous a parlé?

– Et vous êtes certains que vous ne vous êtes pas connectés sur le site et que vous n’avez pas peut-être laissé votre session ouverte sur un ordinateur auquel quelqu’un d’autre aurait pu avoir accès? Genre quelqu’un de votre famille ou…?

La phrase reste en suspens, on répond encore une fois par l’affirmative, sauf Vince qui lève les bras dans les airs et qui s’emporte.

– Non, mais si t’es pour m’accuser d’être une snitch, dis-le donc tout de suite, Lacombe, au lieu de passer par douze chemins! Quelqu’un de votre famille, qu’il rouspète. Y’en a pas un seul qui n’ait pas une famille dysfonctionnelle, icitte. Le père du patché a passé trop de temps en-dedans pour avoir connu l’avènement de l’informatique, Clovis a dû encrypter son ordi à coups de hiéroglyphes et l’autre était sûrement en train de te frencher quand c’est arrivé. Si t’insinues que c’est de ma faute, je te rappelle que j’étais en train de noyer ma vie dans le poison-maison de Pepito!

– Ce n’est pas ça que je…

Fuck you, Lacombe!

Vince nous pousse de son chemin, il s’éloigne et Math s’avance pour le rattraper, mais je l’arrête.

– Laisse-le faire. Il change d’humeur comme ses bleues changent de place dans sa face, que je dis. Dans une demi-heure, il va avoir oublié.

On l’entend sacrer une couple de fois, jusqu’à ce qu’il soit rendu trop loin pour qu’on comprenne ce qu’il raconte.

– Je n’accuse personne d’être responsable, que reprend Math. Visiblement, ce n’est pas quelqu’un qui voulait saboter le projet parce que la base de données est intact et si on exclue le mauvais timing et la quantité plus grande que prévue de ceux qui ont reçu l’invitation, le reste a été fait dans les règles. Si ce n’est pas à cause d’une erreur de notre part, ça veut juste dire qu’il y a eu un fuck avec le site. Je me penche là-dessus et tant que ce n’est pas réglé, vous faites comme j’ai dit. Vous vous assurez de rester anonyme, compris?

– Compris, qu’on répond tous sur le même ton.

Les gars se font une poignée de main, Clovis s’éloigne avec Benji et quand je me retrouve seule avec Math, il se tourne vers moi. Même s’il essaie de me sourire faiblement, son teint manque de vie et ses mains tremblent quand il porte son café à ses lèvres.

– Un fuck avec le site? que je le cite, sceptique.

– Je ne peux quand même pas leur dire que ça veut dire que quelqu’un a infiltré le programme, qu’il soupire.

– Tu crois Vince?

– Je crois qu’il se croit quand il dit que ce n’est pas de sa faute, mais en ce moment, mon suspect principal, ça reste Alice.

– Et tu penses vraiment qu’elle serait assez stupide pour faire ça avec les photos que j’ai d’elle?

– T’as un autre suspect? qu’il demande.

Je ne réponds pas.

Il hausse les épaules, je hausse les épaules et il se penche pour ramasser sa planche à roulettes qui traîne sur le sol. Quand il se relève, il vacille un peu sur la gauche et je le rattrape de justesse avant qu’il ne tombe.

– Est-ce que t’as dormi? que je m’inquiète en voyant ses yeux se perdre dans la brume.

– Ça dépend, qu’il soupire. Combien de jours sont inclus dans ta question?

Sans rien ajouter, on se met en marche vers les portes d’entrée.

Sur le terrain de l’école, les voitures des élèves arrivent et ceux qui ont moins de chance et/ou moins d’argent descendent de l’autobus par vague de cinq ou six. Tout le temps qu’on avance, Math a l’air d’une loque humaine sur le pilote automatique et je ne suis même pas sûre qu’il le réalise quand on coupe au travers des cliques qui sont en train de parler du party de Vince ou du WB qui est débarqué pour casser la gueule de Rancourt. Comme anticipé, les rumeurs se sont propagées pendant le reste de la fin de semaine et la population de S. de Champlain attendait probablement avec impatience de se retrouver ce matin pour leur donner encore plus d’ampleur.

Math est en train de mourir à petit feu et moi, j’attends.

J’attends parce que je sais que c’est juste une question de temps avant d’entendre mon nom se faufiler parmi les murmures.

– T’es prête? qu’il demande quand on arrive devant les portes.

Prête, je ne sais pas. Je ne pense pas qu’on soit jamais vraiment prêts à ce genre de choses. Mais habituée, oui. Pour ça, je suis rendue habituée.

J’acquiesce, je m’avance et quand je viens pour franchir les portes, il me prend par le bras et il m’attire à l’écart de la foule. On se tasse un peu sur la gauche pour s’écarter du chemin parce que les secondaires un ont déjà commencé à nous pousser pour se précipiter à leurs cours. Les seuls élèves de la polyvalente qui sont pressés et anxieux d’être en retard pendant que tous les autres se cherchent des raisons de l’être.

– Je sais que t’es ben trop orgueilleuse pour me le dire, qu’il commence, mais s’il y en a un… juste un qui…

– Ça va, Math, que je le coupe sèchement. J’ai survécu quatre ans sans toi, j’te jure que je suis capable d’encaisser une journée de plus.

Il hoche la tête, il glisse sa main dans mes cheveux et pendant qu’il plonge ses yeux dans les miens, je me raidis. De tout ce qui m’attendait lundi matin, c’est probablement le moment que j’appréhendais le plus.

Ça.

Ces yeux-là et l’ambiguïté d’une situation dans laquelle je ne sais pas pentoute ce que je suis supposée faire parce que je ne sais pas pentoute dans quoi je me suis embarquée, encore moins ce qu’on est.

Pas un couple.

C’est la seule certitude que je peux me permettre d’avoir — les probabilités que je sois un jour en couple avec Math frôlent la valeur du zéro absolu, -459,67°F, la plus chaude froideur avec laquelle je ne serais jamais capable de faire confiance à quelqu’un d’autre qu’à Paolo.

Mais entre des baisers échangés et quelques élans de plaisir éphémère, qu’est-ce que je suis maintenant sensée faire? Un bec sur la bouche? Sur le front? Sur la joue en feignant hypocritement que ce qui s’est passé n’est jamais arrivé ou que je n’ai pas un peu aimé ça?

– Tu te poses trop de questions, Cyn.

Ugh.

Il m’énerve.

Même au seuil de la mort, il m’énerve.

Ça fait que je serre les dents, je lève la main et j’attends mon high five. Pendant qu’elle reste suspendue dans le vide, il me rit au visage.

– Oh, vraiment? qu’il m’agace. C’est comme ça que ça va marcher? Les samedis, ta langue lèche la mienne et les jours de semaine, on se fait des high five parce qu’on est BFF?

Je pense que s’il ne me tape pas la main dans les cinq prochaines secondes, je la lui écrase en pleine face.

Best friends forever ou juste Best friends? Parce que c’est important d’établir les limites, Cyn. Un collier. On aurait besoin d’un collier, qu’il dit en le mimant pour être certain d’être encore plus irritant. Un collier BFF. Ou juste BF. Ton choix, je ne suis pas difficile.

– Bye, Math.

– Attends! qu’il crie dans mon dos quand je commence à m’éloigner. On n’a même pas pris notre selfie! Notre selfie sur lequel tu vas pouvoir me tagger comme ton grand frère préféré!

J’atteins l’escalier, je commence à descendre et juste avant de disparaître, je lui envoie mon doigt du milieu.

Je l’entends rire.

Loin derrière moi, il rit et moi, je ne peux pas m’empêcher de sourire.

Pendant que j’avance vers les casiers, je ne le retiens pas et je continue à sourire dans le vide.

Je sais que ce sera mon dernier de la journée.

 

Dans les casiers – 8h05

Vincent Paquette

Fuck Math.

Fuck Lacombe, fuck Murphy, fuck le patché pis son nerd à lunettes, pis fuck tout le monde qui pense que je suis juste un esti de cave.

Fuck la population de S. de Champlain.

Je prends mes livres, je claque la porte de ma case et je m’éloigne dans la rangée, sans prendre la peine d’éviter de pousser le monde sur mon chemin. J’atteins l’allée du milieu et juste comme je viens pour monter à mon cours…

BAM!

Quelqu’un sort d’une rangée en courant et me fonce dedans.

– Bravo, crisse de sans dess… Ah, c’est toi, que je m’interromps en reconnaissant Al.

Elle regarde derrière elle, elle me regarde, elle fixe le sol et je ne sais pas ce qui se passe, mais elle a le visage aussi blême que quand mon père fouille la maison en criant mon nom pour trouver où je me cache.

– Qu’est-ce qu’il y a? que je la dévisage.

Elle ne dit rien et elle fait juste secouer la tête, les yeux ahuris en arrière de ses verres carrés.

– Al. Qu’est-ce qui…

Avant que j’aie achevé ma phrase, on se fait interrompre par les acclamations et les applaudissements qui retentissent plus loin dans la rangée. Al se retourne encore et quand je suis son regard, je reconnais la dizaine de personnes qui sont en train de faire du bruit.

Évidemment.

Qui d’autres que Rancourt et ses sbires pour avoir besoin d’attention, le lundi matin.

Fuck that, ça ne me tente pas de les endurer, je préfère aller me coucher en biologie.

Je viens pour partir, mais Al m’attrape par le bras.

– On s’en crisse, Al. Laisse-les…

C’est là que je la vois.

Mes yeux défilent sur le groupe et je la vois. Entre deux tête qui rient, Cynthia Murphy, plantée devant sa case, le visage aussi expressif qu’une étoile de mer en phase de reproduction. Je contourne ma sœur, je m’avance vers le rassemblement et je me faufile entre Guillaume et Cassiopée qui sont en train de siffler, les doigts dans la gueule.

– C’est quoi ça? que je demande à Rancourt en pointant la photo collée sur la case de Cyn.

Je ne sais pas s’il m’ignore ou s’il ne m’entend pas parce qu’il est concentré à savourer le pouvoir que ça lui procure d’écraser les autres, mais il continue à applaudir et moi, je pousse les deux personnes qui me séparent de Cyn. Quand j’arrive à côté d’elle, elle a la tête penchée et elle examine la photo.

– Trouves-tu que c’est mon meilleur profil? qu’elle demande distraitement. Parce que je pensais que c’était mon meilleur profil, mais je réalise que ça me fait un drôle de menton.

Je la regarde, je regarde la photo, je la regarde encore.

– Tu veux m’expliquer pourquoi t’as les mains dans les bobettes de ma sœur?

– On porte la même taille.

Elle vient pour ouvrir la porte de sa case, mais je la bloque en mettant ma main dessus. Je ne dis rien. Je la fixe en attendant qu’elle s’explique et elle, elle fuit mon regard en fouillant dans son sac à dos.

– Pourquoi tu ne demanderais pas à tes valeureux amis? qu’elle soupire. T’es pas au courant? J’ai sucé la graine de ton chum pour une fiole de son GHB.

– C’est vrai?

Elle roule les yeux, elle me lance un objet que j’attrape au vol et elle soupire muettement «Fuck you, Paquette» sur ses lèvres, en secouant la tête. Quand j’ouvre ma main, le petit dinosaure du Kinder Surprise que je lui ai donné repose au milieu de ma paume.

– Certain que c’est vrai! crie Sam. Preuve à…

– Toé, ferme-donc ta yeule, Tremblay! J’t’écœuré de l’entendre aller, que je le coupe avant de revenir à Cyn. Je l’sais ben que tu l’as pas sucé, crisse. J’te demande si c’est vrai que c’est ce qu’ils racontent.

Elle lève les yeux sur moi et elle soutient mon regard sans bouger.

Apparemment, personne ne va m’expliquer ce qui se passe parce que Cyn reste silencieuse, les autres continuent d’attirer l’attention, les curieux s’ajoutent tranquillement au cercle et Al, elle vient d’apparaître dans la première rangée, les yeux qui fuient en arrière de ses lunettes.

J’arrache la photo de la case de Murphy et je la lève pour qu’elle la voit.

– T’as tu quelque chose à voir là-dedans? que je demande à ma soeur.

Elle ne répond pas.

Elle n’a pas besoin de répondre, ça fait seize ans que je la connais, je le sais qu’elle me cache quelque chose quand sa dentition inférieure trépide de la gauche vers la droite.

– Sérieux, Al?

Les rires commencent à s’affaiblir et les applaudissements sont lentement remplacés par des murmures qui demandent aux autres ce qui se passe. Quant à Al, elle garde les yeux rivés au sol et moi, je répète un peu plus fort.

– Sérieux, Al, t’as fouillé dans mon téléphone? Parce que c’est moi qui l’a prise, cette photo-là. Trente secondes avant qu’on fourre dans ton lit.

Silence.

Curieusement, on dirait que plus personne ne trouve ça drôle.

– Bro, qu’est-ce que tu fais? que chuchote Rancourt, entre ses dents.

– Qu’est-ce que je fais? que je m’insurge. Toi, qu’est-ce que tu fais? Ça fait quatre ans que j’essaie de la pincer, tu ne vas certainement pas prendre le crédit à ma place pour ce coup-là. Un crisse de coup. Un esti de crisse de bon coup!

Je ne sais pas trop ce que je fais.

Pour vrai.

Je me laisse emporter par la ferveur du moment, je crie ma dernière phrase pour que toute la salle des cases m’entende, je chiffonne la photo et je la lance dans la face de Rancourt. Ça marche. Quand t’as l’air un peu fou, ça marche tout le temps, ça fait que j’écrase mon poing dans la case à côté de celle de Cyn, je regarde tout le monde les uns après les autres et au bout d’un long silence, la foule commence à se disperser.

Sam, Rancourt et Guillaume restent un peu plus longtemps, ils hésitent et ils finissent par partir. Après le coup qu’ils m’ont fait vendredi, je pense que j’ai un passe droit, je le sais qu’aucun d’eux ne va oser me dire quoi que ce soit.

Quant à Al, elle reste sur place et elle attend.

– Va dans ta classe, que je lui ordonne. On va se parler tantôt.

La tête basse, elle obéit et je me retrouve seul avec Cyn.

Quand je me retourne et que je m’accote sur les casiers, elle me fixe, aussi stoïque que dans les cinq dernières minutes qui se sont écoulées. Je ne sais pas si elle est fâchée. Elle est parfaitement immobile. Pas moi. Je regarde autour et je m’assure qu’il n’y en a pas un autre qui vient essayer de zieuter ce qui s’est passé. Quand j’ai la certitude qu’on est seuls dans la rangée, je reviens finalement à elle.

– M’excuse, que je dis simplement. J’ai peut-être un peu exagéré, mais je suis sûr que t’aimes  mieux avoir couché avec moi qu’avec Rancourt.

Elle me fixe pour un autre quatre ou cinq secondes et elle finit par parler.

– Tu l’sais que tu viens probablement de détruire ta réputation, right?

Je hausse les épaules.

– Quelle réputation? J’haïs tout le monde dans cette crisse d’école-là.

J’ouvre sa case, je dépose le dinosaure en plastique sur la première tablette et j’appuie sur la queue avant de faire demi-tour.

Quand je suis rendu à la moitié de la rangée, je l’entends crier derrière moi.

– Hey, Paquette! qu’elle m’appelle.

Je me retourne.

Elle a un sourire au coin des lèvres, les yeux plongés dans sa case.

– Toi non plus, qu’elle dit. Toi non plus, t’étais pas si pire comme coup…

Nos regards se croisent pour une fraction de seconde.

On rit.

Pas longtemps, mais on rit et après, on retourne à s’ignorer parce que c’est ce qu’on fait de mieux.

Bon.

À c’t’heure que c’est fait.

Qui d’autre je pourrais ben faire chier, en cette belle matinée?

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