Chapitre 9 – Les bâtards

Caleb Cockburn

Sur la terrasse de Port Greenmount

 

Pendant un instant, je ne fais pas attention et je me laisse distraire par ce que vient de dire le vieux capitaine. Brody doit l’avoir remarqué. — elle est tournée vers moi, les jambes pliées, prête à bondir de sa chaise pour venir me rattraper.

Je ne sais pas pourquoi elle est inquiète.

Je ne sais pas ce que j’ai fait pour l’alerter, mais quand elle hésite à se lever, j’en profite pour me ressaisir rapidement. Je range les mains dans les poches pour qu’on ne les voit pas, je lève le menton et je détourne les yeux vers le lac quand le capitaine demande :

– Tu sais de quoi j’parle, p’tit?

Je mordille le bout de mon cure-dent et j’évite de le regarder.

– Non, que je réponds simplement. Non, je ne sais pas.

Je descends les quelques marches de la terrasse et tandis qu’on s’éloigne, Josh jette un bref coup d’œil derrière nous, avant de revenir à moi.

Je ne le regarde pas, lui non plus. Je regarde rarement les gens quand ils me parlent parce que je les rends inconfortables, sauf que je connais assez Josh pour savoir qu’il est déjà nerveux. On dirait qu’il est nerveux à toutes les fois où il me parle.

– Tu ne vas quand même pas le croire? qu’il chuchote.

J’ignore sa question.

– T’étais au courant?

– Évidemment que je suis au courant. Tout le monde est au courant. Le capitaine raconte ses histoires de naufragés à tous les clients, Mary lui a même demandé d’arrêter parce qu’il leur faisait peur.

– Pourquoi est-ce que tu ne m’en as jamais parlé?

On atteint le stationnement et il arrête de marcher. Cette fois, je me tourne vers lui. Il se gratte les cheveux sous sa tuque, il s’assure qu’il n’y a personne autour et il croise les bras. Je pense qu’il est sur la défensive.

– Ce gars-là est une fraude, Caleb. À l’écouter parler, il a survécu au Triangle des Bermudes. Si…

– Pourquoi est-ce que tu ne m’en as pas parlé? que je le coupe.

Il soupire et il attend un moment.

– … Parce que c’est des foutaises, qu’il dit. Des couleurs, des odeurs, le choix de rester ou de partir, une balance… t’as vu ça, toi? Dis-le moi, si c’est ce que t’as vu parce que moi, Caleb, tout ce que je me souviens, c’est la peur, le chaos et le sang qui coule partout. Je ne me souviens pas d’avoir eu le choix et si je l’avais eu, je n’aurais certainement pas hésité. Tu n’aurais pas eu  à faire ce que t’as fait. Et Dylan non plus, d’ailleurs.

Josh n’a pas tort.

Mais le vieux capitaine, non plus.

– Il dit la vérité pour la route 362.

– Il dit la vérité pour une route. Il n’a pas parlé de la route 362.

Il attend une seconde ou deux et comme je n’ajoute rien, il hausse les épaules, il vient pour me donner une tape sur le bras et parce qu’il sait que je déteste me faire toucher, il se ravise quand je le fixe avec intensité.

– Dé-désolé, qu’il s’excuse en baissant la tête et en levant les mains. O-on y va?

Sans attendre ma réponse, il me contourne, il se dirige à la voiture et il ouvre la portière du côté conducteur. Quant à moi, je ne bouge pas.

Je sais bien qu’il n’y en a pas un seul d’entre nous, ni de personne d’autre là-bas d’ailleurs, qui a vu autre chose que le fléau du désespoir. Les seules couleurs qu’on a vues, on les connaissait sans les avoir vues de près et la seule nouvelle odeur qu’on a eu la chance d’inhaler,  elle ne se décrit pas parce qu’elle se vit. Un peu comme la terreur. Ou comme la haine. Il n’y avait rien de beau. Tout ce qui était vaste, c’était le néant. Tout ce qui aurait été fou, c’est de songer à rester. Et la seule balance qu’il y avait, elle n’existait pas. C’était l’inégalité entre les élus et leurs nouveaux jouets.

Ça se peut que Joshua ait raison.

Ça se peut que le vieux capitaine ait tout inventé et qu’il ait seulement eu de la chance de tomber juste.

Mais s’il a vu ce qu’il a vu, s’il est allé là où il dit être allé, pourquoi est-ce que nous, on n’y a pas eu droit?

Pourquoi est-ce que nous, on n’a pas eu le choix que de se contenter de la laideur?

Qu’est-ce qu’on a fait, nous, pour se mériter ça?

Tout ce que j’aimerais savoir, c’est ce qu’il aurait fallu qu’on fasse pour arrêter de souffrir quand on meurt.

 

Caleb Cockburn

À l’orphelinat — Dans le passé

 

Caleb! que scande sœur Hélène qui vient d’apparaître dans le cadre de porte. Ça fait huit fois que je te dis de te préparer!

Elle a les mains sur les hanches et la grosse voix qu’elle prend quand elle essaie de me faire peur, mais je sais qu’elle m’aime trop pour être fâchée. C’est la seule, d’ailleurs. C’est la seule qui m’aime un peu, ici. Les autres orphelins me méprisent et les sœurs ont autant de misère à me supporter qu’elles en ont à prononcer mon nom de famille sans le dégueuler.

Cockburn.

La première partie est impure, la deuxième n’évoque rien de saint et l’ensemble de ma personne est apparemment un péché.

– Non, mais…, qu’elle parle toute seule en fouillant dans mon coffre. Tout le monde est déjà au salon et lui, il est là, à se faire griller les orteils par l’ouverture de la fenêtre. D’ailleurs, rentre tes pieds immédiatement, Caleb Cockburn! Je t’ai déjà dit de ne pas faire ça.

Elle sort un pantalon, puis une chemise, puis une cravate qu’elle jette sur le lit. Dans la pièce, on est seuls. Enfin, presque seuls. Les autres se sont rassemblés une heure et demi trop tôt et à part Victor qui me suit partout depuis qu’il est arrivé, j’arrive à éviter tout le monde.

– Est-ce que t’es capable de t’habiller seul ou est-ce qu’il faut que je le fasse à sa place? qu’elle continue à s’emporter.

– À quoi ça sert? que je demande sans me lever. En haut de huit ans, on ne se fait jamais adopter.

Elle arrête de courir partout et avec plus de délicatesse qu’elle a traité mes vêtements jusqu’à maintenant, elle retire doucement le pantalon du cintre en prenant soin de ne pas me regarder. Les yeux rivés sur ses mains, elle baisse la tête et elle prépare mon uniforme. Je sais qu’elle aimerait trouver quelque chose à dire pour me rassurer, mais elle ne le fera pas parce qu’elle sait que j’ai raison. Elle sait qu’une fois passée la date d’expiration, c’est l’orphelinat jusqu’à dix-huit ans, après quoi c’est la rue.

– Lui, il a encore une chance, que je dis en parlant du petit garçon caché dans le coin de la pièce.

Elle se tourne pour voir par où je pointe, elle cherche un moment et quand elle l’aperçoit enfin, elle met les mains sur les hanches.

– Mais qu’est-ce que tu fais là, toi?

Il recule, il se cache la moitié du visage derrière le bureau et il ne répond pas.

Je pense qu’il va pleurer, mais il ne répond pas.

– Ça fait six jours qu’il me colle au cul, que je soupire.

– Ton langage! qu’elle s’insurge avec des gros yeux, avant de revenir à Victor. Allez hop petit, va t’habiller! C’est lequel ton lit?

Comme il ne bronche pas plus que la première fois, je pointe le lit à sa place en espérant que sœur Hélène le traîne en bas et qu’elle me laisse tranquille.

Elle se dirige à l’endroit que je viens de désigner, elle fouille dans le coffre qui se trouve au pied de son matelas et elle en retire un uniforme tout froissé. Quand elle s’avance vers lui pour le lui tendre, il recule et il ne s’arrête pas tant que son dos n’a pas heurté le coin de la pièce.

– Allez, viens, je vais t’aider, qu’elle dit en s’adoucissant.

Il secoue la tête.

Soeur Hélène me regarde et quand elle revient à lui, il a le doigt levé dans les airs et il me pointe.

– Juste s’il vient aussi, qu’il couine.

Ils se tournent tous les deux vers moi.

Lui, avec son petit visage terrorisé, elle, avec son vieux visage exaspéré.

– Il a encore une chance, qu’elle soupire à voix basse. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le donc pour lui.

Je soupire.

Petit con.

C’est vraiment un petit con.

 

*                             *                             *

 

Ça fait deux heures que les visites sont commencées et il en reste trois.

Trois heures à regarder les enfants parader avec leur faux sourire et à endurer les bons samaritains qui les magasinent comme ils magasineraient un chiot. C’est ce qu’on est. Des chiens abandonnés. En arrière des rires et de l’engouement pour essayer de les persuader qu’on est de bonne compagnie, on est tous des bâtards qui les supplient silencieusement de nous sortir de notre cage pendant que les adultes se promènent dans les pièces. Certains arrivent avec une liste de pré-requis — ceux-là, on leur présente les quelques enfants qui correspondent aux critères de sélection — et les autres, ils y vont un peu au hasard, en choisissant les plus beaux.

Les plus jeunes partent comme des petits pains chauds.

Les plus chanceux ont droit à un entretien de quinze minutes pour se vendre, avec une possibilité de réservation pour une période de deux semaines de réflexion. Peut-être plus, advenant qu’il y ait un dépôt.

Les plus nombreux, eux, on ne les regarde même pas.

Même s’ils font semblant de rire, leurs yeux tristes se sont déjà éteints en arrière de la grille qu’ils ne vont jamais franchir et pour être honnête, qui voudrait d’un enfant abîmé par toutes les années d’abandon.

Je sais que beaucoup vont passer la nuit à pleurer, mais moi, ça ne me fait rien. Du plus longtemps que je me souvienne, les adultes n’ont jamais vraiment pris la peine de m’envisager, alors une visite de plus ou de moins, c’est juste un nom de plus dans la liste de ceux qui ne veulent pas de moi.

– Et puis? que demande sœur Hélène au couple qui vient de sortir derrière Victor.

– Hum…, que commence le monsieur.

Pendant qu’il hésite, la dame fait de gros yeux et des signes de «non» à son mari, dans le dos de sœur Hélène. Quant à Victor, il ne dit rien de plus. Il vient près du divan sur lequel je suis couché et il s’assoit sur la chaise d’à côté, les pieds qui pendent parce qu’il ne touche pas le sol.

– On va y penser, que finit par dire l’homme. On va y penser et…

Sa phrase reste suspendue dans le vide.

– Il est nouveau, ici, alors ça se peut qu’il soit encore un peu anxieux. Si lui ne fait pas, on en a quelques uns qu’on pourrait vous présenter, vous savez? Environ dans le même âge, un peu plus volu…

– Non, ça va aller, qu’il la coupe. Je pense que ça va aller pour aujourd’hui, on va y penser et revenir quand on sera prêts.

Le couple s’éloigne vers la sortie et sœur Hélène, elle reste sur place à regarder rien en particulier. Au bout de quelques secondes de contemplation, elle se ressaisit, elle nous aperçoit et elle nous adresse son bref sourire triste et réconfortant. Même si elle essaie de le cacher, je sais que ça lui crève le cœur à toutes les fois.  De toutes les sœurs, c’est la seule qui voudrait tous nous sauver.

– T’es défectueux? que je demande au petit, une fois qu’elle a quitté la pièce.

Il sursaute et il se tourne vers moi, surpris que je lui adresse la parole parce que j’essaie de l’ignorer depuis qu’il est arrivé.

– T’es le modèle le plus convoité et c’est le septième couple qui sort sans t’acheter, que je dis. Tu leur fais quoi pour qu’ils finissent tous par se sauver.

Il se mord la lèvre. Il hésite un moment, il regarde derrière lui pour s’assurer que sœur Hélène n’est plus là et quand il voit qu’on est seuls, il finit par hausser les épaules.

– Je leur demande c’est qui le troisième monsieur qui se tient debout derrière eux.

On se fixe quelques secondes, lui, avec les joues rouges, moi, avec la certitude que j’ai mal entendu, puis quand il baisse la tête et qu’il se met à gesticuler sur sa chaise, je me mets à rire.

Je m’avance, je m’appuie les coudes sur les genoux et j’en conclue qu’il encore plus con que je ne le pensais.

– Tu sais que tout le monde ici voudrait être à ta place pour avoir la chance de partir, n’est-ce pas? que je lui demande.

– Je ne veux pas partir.

– Pourquoi?

– Je n’aime pas les adultes.

Contrairement à beaucoup d’entre nous qui n’ont jamais rien connu en dehors de ces murs, Victor était dans une famille avant d’être ici. Je ne peux pas vraiment le juger. Je ne sais pas ce que ça fait que d’avoir une famille.

– Les adultes ne t’achalent pas, toi, qu’il finit par reprendre. Je ne veux pas me faire achaler, moi non plus. Je veux rester avec toi.

Je fige.

Je ne sais pas quoi dire, alors je le regarde en silence.

Je soupire.

C’est un con.

Cet enfant est vraiment un petit con.

 

Caleb Cockburn

Sur la terrasse de Port Greenmount

 

– Tu veux qu’on te ramène au pensionnat? que je demande à Brody, maintenant que je suis revenu sur la terrasse.

J’espère qu’elle va dire non.

J’ai déjà dit à Josh qu’on allait se rejoindre là-bas parce que j’ai assumé qu’elle dirait non.

– Hum…, qu’elle hésite en valsant du vieux capitaine à moi. Non, merci?

Je ne m’étais pas trompé. C’est rare que je me trompe.

J’acquiesce, je tire une des deux chaises libres qui se trouvent à leur table et je m’assois dessus.

Pas question que je la laisse seule avec lui. Je ne sais pas s’il a dit la vérité, je ne sais pas ce qu’il est et je ne sais pas ce qu’il lui veut.

– Et… t’as conclu que t’étais le bienvenu parce que…? qu’elle demande avec incrédulité.

Je jette le cure-dent que j’avais entre les lèvres, j’en retire un nouveau au centre de la table et je le glisse dans ma bouche. Bien écrasé au fond de mon siège, je la fixe durant quelques secondes.

– Tu t’es sauvée toute la journée, que je dis. Tu n’as pas envie d’être au pensionnat et tu n’as pas envie de voir Jenny. La terrasse ferme à minuit. Si tu reviens avec moi, on peut dépasser le couvre-feu sans se faire coller de détention.

– Mais…, qu’elle rit, à demi-insultée. Je n’ai pas plus envie d’être avec toi.

– Très bien, alors faites comme si je n’étais pas là.

J’étends les jambes sous la table, je croise les doigts sur mon ventre et je ferme les yeux. C’est le silence pendant un moment. J’entends Brody rire à nouveau et je ne vois pas son visage, mais je me doute que c’est plus un rire de surprise qu’un rire de joie. Ça m’est égal. Je ne suis pas là pour profiter de sa compagnie, je suis là pour comprendre pourquoi ils gravitent autour d’elle. D’abord Dylan, qui est de plus en plus obsédé par elle, et maintenant le vieux capitaine, la seule personne décédée d’un village de huit habitants. avec qui elle se ramasse à siroter son soda.

Je veux comprendre.

Je veux juste comprendre ce qui se passe avec elle.

 

*                             *                             *

 

Je ne comprends pas.

Ça fait trois heures que je l’observe et je ne comprends toujours pas ce qu’elle a.

Elle pose beaucoup de questions. Ça, pour parler, elle n’arrête plus de parler. Elle rit beaucoup. Elle rit même quand ce n’est pas drôle, mais elle a l’air de rire pour vrai. Elle pense beaucoup, aussi. Le vieux capitaine est parti depuis un bon deux heures et c’est la treizième fois qu’elle dépose son livre pour regarder le lac et se perdre dans ses pensées. Elle n’est pas mal à l’aise ou intimidée par ma présence, elle n’est pas énervée, elle n’est même pas un peu irritée. Elle est juste calme.

– C’est difficile de t’ignorer quand t’es là, à me fixer comme ça, qu’elle dit en reprenant son livre.

Je ne dis rien, mais je ne détourne pas les yeux non plus. Je fais semblant de ne pas l’avoir entendue et elle fait semblant de lire, même si le soleil s’est couché depuis un bon moment et que les lanternes de la terrasse sont trop faibles pour qu’elle puisse y voir quoi que ce soit.

– Tu veux manger? qu’elle demande en le rangeant finalement dans son sac.

– Non.

– Tu veux jouer au billard?

– Non.

– Tu veux parler?

– Non, je n’aime pas parler.

– T’es un vrai paquet de plaisir, qu’elle soupire en s’affaissant dans son siège.

Elle tape ses cuisses du bout des doigts, elle regarde brièvement à l’intérieur du restaurant où le volume de la musique vient d’augmenter et elle revient à moi.

– Tu veux qu’on parte?

Je fais signe que non.

Je ne sais pas pourquoi je dis non.

Je pense que je n’ai pas terminé de l’observer.

– Tu veux danser, alors?

– Non.

– Non, évidemment, tu ne sais pas danser.

– Je sais danser. Je n’aime pas danser, que je la corrige.

– Pourquoi?

– Parce que je n’aime pas les contacts physiques.

Elle éclate de rire.

Encore une fois, je ne sais pas pourquoi elle rit, mais elle rit, elle secoue la tête et elle lève les yeux au ciel.

– Est-ce qu’il y a quelque chose que t’aimes, Caleb?

Elle continue de sourire et moi, je commence à m’énerver avec toutes ses questions et toutes ses insinuations. Il y a des choses que j’aime. Il y a plein de choses que j’aime, alors je la dévisage et je soupire avec agacement.

– Oui, que je réponds sèchement.

Elle attend.

– J’aime…

Je réfléchis.

– J’aime…

– Les cure-dents? qu’elle me nargue en pointant la pile usée qui traîne à ma droite.

– J’aime les insectes, que je réponds précipitamment pour la faire taire.

– Les insectes? Pourquoi les insectes?

Elle fronce les sourcils et elle grimace.

C’est pour ça que je n’aime pas parler. Je n’aime pas avoir à m’expliquer et je n’aime pas parler de moi. Alors je ne réponds pas et je me contente d’hausser les épaules.

– Les insectes et les cure-dents, que je répète simplement.

Elle ne dit rien.

Moi non plus.

Le silence tombe entre nous deux et on laisse la musique le combler. Même si elle sourit dans le vide, je suis persuadé qu’elle est en train de me juger et je la comprends. Je comprends qu’elle ne comprend pas et de toute façon, ça ne servirait à rien de lui expliquer, elle ne pourrait pas comprendre parce qu’elle n’y a jamais été.

– Je vais au petit coin, qu’elle soupire en se levant.

Elle n’a jamais été là-bas et il y a plein de choses là-bas. Plein de choses répugnantes. Des choses qu’on voudrait n’avoir jamais vues ou jamais entendues. Des choses qui donnent le goût vomir rien qu’à s’en souvenir. Qui font perdre de l’éclat à ce qu’on voit après, qui rendent le monde un peu plus fade qu’il l’était déjà.

Mais une chose qu’il n’y a pas, ce sont des insectes. Il n’y a aucun insecte dans les limbes.

Je sais qu’elle ne pourrait pas comprendre, mais quand je les regarde, c’est à peu près la seule chose qui me rappelle que je suis encore en vie.

– Regarde! qu’elle dit quand elle revient au bout de dix minutes.

Elle s’assoit et les mains en cuiller, elle se penche vers moi. Elle jette un coup d’œil entre ses doigts et lentement, très, très lentement, elle les ouvre devant moi. Quand elle constate qu’il ne s’envole pas, elle retire la main du dessus.

– Je t’ai attrapé un papillon pour enlever l’air bête de ta face.

Je la regarde, je regarde le papillon, je la regarde encore. On dirait qu’elle est fière. En fait, elle est tellement satisfaite que je me sens un peu mal de lui annoncer.

– Ce n’est pas un papillon, Brody.

Elle fronce les sourcils, légèrement sceptique.

– Non?

– Non. C’est une énorme mouche nocturne qui…

– AÏE!

– …  qui pique.

Elle vient pour l’écraser, mais juste comme sa main s’approche dangereusement de l’autre, je l’attrape par le bras.

– Laisse-la vivre, s’il-te-plaît.

La mouche s’envole et Brody retire son bras de mon étreinte pour se frotter vigoureusement la paume.

– Ça va? que je ris quand elle essaie de me tuer du regard.

– Mouais… au moins ça te fait rire, qu’elle répond sèchement. Tu ne ris presque jamais.

Je détourne les yeux et pendant qu’elle souffle sur sa morsure, j’en profite pour retrouver mon sérieux.

Pendant une seconde, je n’ai pas fait attention et je me suis laissé distraire.

Il ne faut pas que je me laisse distraire.

 

 

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2 pensées sur “Chapitre 9 – Les bâtards

  • juillet 10, 2018 à 3:29
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    Bien raconté belle histoire mais j’avous que je suis Rêveur et j’espère cette histoire ne s’arretera pas . A mon avis il y encore place a beaucoup développement entre les personnages principaux. Oui oui je sais je suis Rêveur. Bon travail Annie tu m’a conquis avec ton histoire. Bonne chance et plaisir de relire encore.. qui sait ta prochaine section pourrait être la section des âme retrouver .lol jk au revoir Annie

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  • juillet 18, 2018 à 12:31
    Permalink

    Chaque fois que je lis un nouveau chapitre je suis plus intriguée ! J’ai vraiment hâte de lire la suite

    Répondre

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