Chapitre 5 – Le village

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Brody Butnam

Chambre 11 030

Mardi ressemble drôlement à lundi.

Mercredi ressemble à mardi.

Curieusement, jeudi est plus ou moins semblable à mercredi et vendredi… c’est spécial, le vendredi.

Dans son ensemble, la journée du vendredi est assez similaire aux précédentes — Ernest Viola me déteste et je déteste Ernest Viola. Caleb déteste Jenny, Jenny déteste Caleb (tous les autres résidents du pensionnat aussi d’ailleurs) et apparemment, personne ne se gêne pour se le laisser savoir. Quant à moi, il semble que mon existence soit aussi marquante qu’une roche dans le soulier de Caleb parce qu’à part l’irriter, on dirait qu’il n’y a pas grand monde qui s’attarde à ma présence.

Par défaut.

C’est mon qualificatif de la semaine, ça, par défaut.

Partenaire par défaut parce qu’avec ma cheville qui me ralentit, je me retrouve assise à côté de lui dans presque tous les cours, la seule place toujours libre, là où personne ne veut être et là où je dois me taper tous les travaux seule pendant qu’il dort ou qu’il fixe le plafond.

Et amie par défaut — ça, c’est la relation que j’entretiens avec Jenny à qui j’en veux encore pour l’histoire des souliers et à qui je parle néanmoins toujours parce qu’elle est le seul être humain avec qui je peux échanger des paroles.

Même si l’échange est à sens unique.

Et même si c’est moi qui doive continuellement l’écouter parler.

– On va en ville, qu’elle m’annonce quand je referme la porte derrière moi. Tu veux venir avec nous?

Trop peu de mots pour le paquet d’ironie. Elle m’a volontairement fait enfreindre le code vestimentaire. Elle est énervante, ses amies aussi. La phrase de Caleb, «est-ce que tes trucs ont déjà commencé à disparaître?» me retourne sans cesse dans la tête depuis que ma chaîne a disparu et «en ville», ça constitue pas mal juste une rue principale, flanquée en plein milieu de nul part. Je n’ai clairement aucune raison d’y aller, alors…

– Ouais, pourquoi pas.

… j’accepte, par défaut.

Parce que c’est vendredi et que c’est spécial le vendredi. Il y a une fébrilité qui nous éloigne des marches funèbres du lundi matin et même si Brokenwood n’est pas tout à fait le New York downtown du kentucky, c’est toujours mieux que de regarder les toiles d’araignée prendre de l’expansion au plafond de ma chambre.

On rejoint les amies de Jenn dans le couloir, on descend l’escalier et peu de temps après, on se retrouve à l’extérieur. De l’autre côté de la rivière, le café étudiant a l’air bondé et la musique résonne partout sur la plaine.

– C’est quoi ça? que je demande tandis qu’on se met en route vers la voiture de Jenn.

– L’Extension? qu’elle spécifie. Plate. Plate jusqu’à au moins 21h00.

– Qu’est-ce qui se passe à 21h00?

Elle échange un regard avec Claudia, elles sourient et elle plonge la main dans le fond de son sac. Quand elle la sort, elle tient un quarante onces qu’elle relaisse tomber presqu’aussitôt.

– Le café devient plus intéressant, qu’elle rit. C’est ça qui se passe à 21h00.

On atteint la voiture, une luxueuse décapotable quasi aussi dispendieuse que mon vieux paquet de rouille, évidemment, et juste comme on vient pour y prendre place, j’entends parler derrière moi.

– J’espère que tu t’es vernie le pouce et que tu t’es remontée la brassière.

Quand je me retourne, Caleb, Stan, Trinity et un autre garçon que je ne connais pas, celui qui vient de parler, m’observent. Ou plutôt, le plus petit, celui avec la tuque, m’observe. Les autres le dévisagent et quand il remarque qu’il est le seul à rire, son sourire se décompose et je pense qu’il fond de quatre pouces sous le regard de Caleb.

– Qu-quoi? C’était juste pour ri…

– Mêle-toi donc de tes affaires, Josh, que le coupe Stan.

Ils s’éloignent.

Josh bégaie quelques excuses devant le lourd silence de Caleb et je le comprends.

Je le comprends parce qu’au bout de trop de secondes à le fixer, c’est sur moi qu’il pose les yeux. Et j’imagine que Josh et moi, on a un peu le même sentiment.

Il n’a pas besoin de parler.

Caleb n’a pas besoin d’hausser le sourcil ou d’afficher une expression. Il a juste à me regarder du haut de sa grandeur, avec son visage vide, ses yeux plein de mépris et sa posture nonchalante, et c’est suffisant à me faire sentir inconfortable. Comme un froid à l’intérieur. Et je suis sûre que Josh aussi le sent, le froid à l’intérieur. Jusqu’à ce qu’ils atteignent l’entrée du stationnement, que Caleb finisse par détourner les yeux et que je me tourne vers les autres.

– Quelqu’un peut m’expliquer? que je demande en essayant de chasser le malaise qu’il vient de laisser.

Jenny lève les yeux au ciel, elle soupire et elle fait semblant de frissonner.

– Ugh, qu’elle répond avec dégoût. Ils sont bizarres. Ils sont juste bizarres.

On monte dans la voiture et trente minutes plus tard, on est sur la terrasse d’un café de Brokenwood.

 

 

Caleb Cockburn

Pine Crescent

Dylan n’a pas le temps de défaire sa ceinture que j’ai déjà refermé la portière derrière moi. J’aurais de loin préféré rester avec les autres, mais ça fait une semaine qu’on n’est pas venus. Depuis que Brody a fait irruption à la porte du balcon et depuis qu’on essaie de ne pas trop attirer l’attention.

Pine Crescent ne me manquait pas.

Du tout.

Je regarde les néons à moitié éteints du Open Bottle et je soupire. Les quatre dernières lettres ont rendu l’âme, à l’image du village parce qu’il n’y a pas de vie, ici. Tout est mort. Tout est laid et tout me lève le cœur. Autant les vieilles femmes flétries par la dépravation qui s’enlignent des shots sur la terrasse que la rampe de bois moisie sur laquelle elles sont assises et qui menace de céder sous leur poids.

Pas loin de l’entrée, une dizaine de personnes se sont regroupées autour de quatre grands hommes pour les encourager pendant qu’ils en tabassent un cinquième.

– On dirait que c’est déjà commencé, que dit Dylan en le pointant.

Je ne réponds pas.

L’homme tombe sur ses genoux. Il a le visage couvert d’ecchymoses, l’œil enflé, la bouche ensanglantée et peut-être que ce qu’il dit serait compréhensible s’il ne lui manquait pas des dents. Mais à la place de parler, il gémit entre les deux ou trois bulles de sang dans lesquelles il s’étouffe.

C’est pathétique.

C’est tout simplement pathétique, alors quand il avance à quatre pattes et qu’il se retrouve devant nous, on l’enjambe et on pousse la porte avant que les quatre autres inconnus reviennent à la charge.

Au moins, à l’intérieur, c’est presque vide. La plupart profite des dernières semaines de chaleur et de la «propreté» de la terrasse pour s’épargner les tables collantes, l’odeur de tabac et celle du vieux houblon qui a commencé à germer au sol.

– Même chose que d’habitude? que nous demande Charlène, une fois qu’on est installés à notre table.

On fait signe que oui et elle s’éloigne.

Ça fait un moment qu’on vient ici et ce n’est pas tellement difficile de se souvenir de nous parce qu’en général, il n’y a pas de clients habituels à Pine Crescent. Ou du moins, jamais pour longtemps. Personne ne reste ici. Ils sont de passage pour une petite de saison de débauche au bout de laquelle ils sont hospitalisés, emprisonnés ou chassés par les dettes et les conflits. Ils partent. Ils disparaissent ou bien ils reviennent la saison d’après, quand ils pensent qu’on les a oubliés.

– T’sais que ton âge ne me dérange pas Caleb, mais tu pourrais au moins porter autre chose que ton uniforme d’étudiant quand tu viens ici, que me dit Charlène quand elle revient avec nos assiettes à la main.

Elle s’essuie le bout des doigts avec la serviette devenue brune qui pend à sa ceinture et elle attend que je réponde. Ce que je ne fais pas parce que j’ai déjà pris ma première bouchée.

– Comme si un mineur était ce que t’as de plus illégal dans ton bar, que répond Dylan à ma place.

– Est-ce qu’il parle des fois? qu’elle rit en déposant sa main sale sur mon épaule.

Je me raidis, je serre les dents et je fixe la purée dans mon assiette pour m’efforcer de rester calme.

– Juste les jours d’éclipse.

Il sourit et je m’empêche de rouler les yeux quand elle s’éloigne en riant parce que ce n’est pas drôle et que les gens m’agacent avec leur fausse politesse.

– Elle n’a pas tout à fait tort, qu’il reprend quand elle a disparu. Pourquoi tu portes encore ce stupide uniforme?

– Pour le confort.

Ce n’est pas faux. Le pantalon est large, la chemise est légère et j’aime bien la cravate. C’est propre. J’aime le propre, j’aime l’uniformité et j’aime être assez fade pour qu’on ne devine pas qui je suis par le logo ou par la marque que j’ai décidé d’afficher.

– Alors? qu’il finit par demander au bout de dix minutes, en regardant autour de lui.

Les yeux baissés dans mon assiette, je secoue la tête.

Pareil comme les vêtements, les expressions et les réactions en disent long sur une personne, donc je ne fais rien. Quand il soupire et qu’il laisse tomber sa fourchette, je ne fais rien. J’avale ma dernière bouchée, je me balance sur les pattes arrières de ma chaise et je ne cille pas pendant qu’il essaie de deviner à quoi je pense parce que je sais que ça l’irrite.

– Tu sais, ce serait vraiment plus simple si on faisait ça à l’école, qu’il lâche avec mauvaise humeur.

Je l’observe.

Sa mâchoire est crispée et il a le poing serré.

– On n’aurait pas à traîner dans ce foutu trou d’égouts…

Avant, il ne rouspétait jamais, mais depuis quelques semaines, il se gêne de moins en moins pour protester.

– Et en plus, ça serait vachement moins dégueulasse, qu’il continue face à mon silence.

Il termine son assiette, il lance ses ustensiles dedans et il marmonne pendant quelques minutes supplémentaires, jusqu’à ce que ses yeux croisent les miens et qu’il remarque que je le fixe calmement. Je pense qu’il me défie pour une seconde ou deux. Puis comme je ne réagis pas, il finit par regarder la table et lever la main en signe de paix.

– Pas au pensionnat, que je réponds en laissant tomber ma chaise au sol.

– Je sais, je sais, qu’il s’excuse. Je me suis emporté.

Il prend une gorgée de son verre et il le dépose sur la table.

– Et si la nouvelle continue à fouiner?

La nouvelle.

Encore la nouvelle.

Je ne sais pas c’est quoi son obsession avec la nouvelle, mais plus je la défends, plus il se montre insistant.

Alors je le fais par exprès.

– Tu ne lui touches pas.

– Pourquoi?

– Parce que.

Je n’ai pas plus de raison de le laisser faire que de l’en empêcher. Fouiner, c’est un peu fort comme terme. À part s’asseoir à côté de moi par manque d’options et sonner l’urgence quand je me suis mis à crier, elle n’a pas fait grand chose. Si Dylan m’écoute, tant mieux. S’il ne m’écoute pas, tant pis, ça m’est égal. Elle est aussi énervante que n’importe qui d’autre dans le pensionnat et dans le pire des cas, ça ne fera que me prouver sa désobéissance.

– Qu’est-ce que tu fais? qu’il demande quand je me lève.

Je fouille dans ma poche et je laisse tomber deux billets sur la table.

– On s’en va.

– On n’a même pas…

J’ai déjà commencé à m’éloigner.

Dans mon dos, je l’entends rouspéter et pousser sa chaise avec un peu trop de force. Il me rattrape en grognant, on passe la porte et quand on arrive à l’extérieur, il évite de me regarder.

– J’ai des commissions à faire pour le principal Collins, qu’il dit en cachant mal la colère dans sa voix. Tu veux venir ou je te reprends sur le rang sept?

Je ne sais pas si c’est vrai ou si c’est une excuse pour faire ses trucs de son côté parce qu’il sait déjà que je n’irai pas. Un ou l’autre, tant qu’il fait ça ailleurs qu’à Lord Webber, ça me laisse complètement indifférent. Je lui fais un signe de la tête pour lui indiquer de partir, il monte à bord de sa voiture et il disparaît au coin de la rue. Quant à moi, j’avance, les mains dans les poches et je m’arrête devant le corps inanimé de l’homme de tantôt qui s’est affalé dans le stationnement.

Couché sur le dos, il a les yeux entrouverts et il m’observe mollement derrière ses paupières enflées.

Sa respiration est bruyante, probablement à cause du sang qui lui coule dans la gorge.

Je soupire, je lève les yeux au ciel, je le considère pendant dix ou quinze secondes parce qu’il est pitoyable et je finis par céder. Je me penche, je glisse mes mains sous ses bras et je l’oblige à se relever. Dès que je le lâche, il s’affale à nouveau.

– Force-toi un peu, que je dis en le relevant.

Sans succès, il retombe aussi rapidement que la première fois.

– Sérieusement, que je m’impatiente devant une troisième tentative toute aussi infructueuse.

Il s’étend à mes pieds, il me regarde, je le regarde, ses yeux partent dans le vide et je me penche une dernière fois. Je glisse ma main dans sa poche et je sors un porte-monnaie et un vieux cellulaire.

– Robert Smith, que je soupire en lisant sur sa pièce d’identité.

J’ouvre son téléphone et je me mets à composer le numéro d’urgence, mais il me saisit par le bras pour m’empêcher.

– Non, qu’il marmonne faiblement. Pas…

Le reste de sa phrase s’évanouit et je suis presque certain que dans quelques minutes, ce sera son tour. Alors je me dégage et je termine l’appel avant de jeter le cellulaire et le porte-monnaie sur son ventre.

– Tu ne veux pas mourir, Robert Smith, que je soupire encore avec exaspération. Crois-moi. Tu ne veux pas mourir…

Sans un mot de plus, je me lève et je m’éloigne.

Peut-être qu’il vivra.

Peut-être qu’il ne vivra pas.

Mais ça, ça m’est égal.

Ce n’est plus de mes affaires.

 

Caleb Cockburn

Sur le rang sept

Ça fait une heure et demi que je marche. La nuit est tombée et parce qu’il n’y a rien d’autre qu’une route bordée d’arbres entre Pine Crescent et Brokenwood, j’avance dans le noir. À part le ciel, je ne vois rien. Je ne vois pas à plus de deux pouces devant moi, mais j’ai fait le trajet assez souvent pour savoir qu’il me reste à peu près une heure de distance avant d’atteindre Brokenwood.

Je ne sais pas où est Dylan.

Ça ne me dérange pas, j’aime marcher seul.

Alors je marche.

Je marche, je marche encore, je marche longtemps et au bout d’une éternité, je perds le compte parce que je ne sais plus combien de temps j’ai marché.

– T’as entendu quelque chose? que j’entends une voix dire dans le noir.

Rien de surprenant, il y a souvent des élèves qui profitent de l’extension du couvre-feu de la fin de semaine pour aller se perdre dans le bois.

– Non, pourq…?

– Chut, écoute.

Ils arrêtent de parler et moi, je continue à avancer, sans faire attention à mes pas qui font crisser le gravier.

– Il y a quelqu’un.

À peut-être un ou deux mètres devant moi, les phares d’une voiture s’allument et je dois mettre la main devant mes yeux pour ne pas être aveuglé. J’entends des portières se fermer et des pas avancer, mais je ne vois toujours rien.

– Ce n’est pas l’uniforme des enfants de riches ça?

– On dirait bien que oui.

J’arrête de marcher et le bras toujours dans les airs, j’essaie de les apercevoir dans le noir.

Ça ne me tente pas.

Ça ne me tente foutrement pas, mais ils approchent et je la reconnais.

Je la reconnais, cette odeur-là.

L’odeur de tabac à chiquer. L’odeur de vieille transpiration mêlée à celle de l’alcool fermenté et même si je ne veux pas, je sais déjà comment ça va se passer et je sais que je ne réussirai pas à les esquiver.

Je reste dans la lumière des phares et j’attends qu’ils arrivent à ma hauteur.

– T’aurais pas un peu de monnaie, le parvenu?

Je ne dis rien.

Quand ils apparaissent finalement devant moi, je retiens un haut-le-cœur parce qu’il n’y a rien — absolument rien — que je déteste plus que l’odeur d’alcool fort. Elle me prend dans les narines, elle me serre la gorge et elle me rappelle une nuit.

Une nuit que je voudrais oublier.

– S’cuse, on te parle.

Le premier me pousse, le deuxième l’imite, je recule et maintenant que je les vois, je le sais.

Je sais lequel ce sera.

Le plus repoussant des deux. Celui qui porte des vêtements sales. Celui qui a autant de contusions sur son visage qu’il a de cicatrices sur les bras et celui qui crache jaune parce que sa bouche est aussi peu propre que le reste de sa personne.

Il lève une bouteille à ses lèvres, il prend une gorgée de vodka et il me pousse encore.

Une chance.

Je décide de lui laisser une seule chance de s’en sortir et j’essaie de le contourner. Sauf que je n’ai pas fait un pas qu’il met son bras devant moi et qu’il m’empêche de passer.

– Tu ne vas quand même pas partir comme ça? qu’il dit. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut traîner avec l’élite de la société.

Je m’essaie encore une fois, mais il me bloque et je n’ai pas le temps de réagir. Le premier passe derrière moi, il m’empoigne par les bras et pendant que j’essaie de me débattre, l’autre porte la bouteille à mon visage. Il l’incline pour m’obliger à boire et à la seconde où le liquide me brûle la bouche, c’est tout.

C’est tout ce que ça prend pour me faire exploser.

Je me donne un élan, je frappe le visage de celui qui me tient avec le derrière de ma tête et presqu’aussitôt, il lâche prise sur son étreinte. Je lui donne un coup de genou sur le nez, j’arrache la bouteille des mains de son ami et je la lui écrase sur le crâne de toutes mes forces.

Il s’écrase à mes pieds.

Et l’autre…

L’autre est trop surpris pour avoir le temps de faire quoi que ce soit. Je l’empoigne par le collet, je le traîne jusqu’au capot de sa voiture et je me penche par-dessus lui. Nos visage sont tellement proches que je peux presque goûter l’acidité de son haleine.

Pendant une seconde, je pense à le laisser partir.

Je peux.

Je pourrais.

Je pourrais, mais je ne le ferai pas.

Ça fait que je prends une grande respiration, je retiens mon souffle, je ferme les yeux et j’avale avec difficulté parce que ce sera répugnant. Et quand je me suis assez préparé mentalement, je ravale mon mal de cœur et je plaque mes lèvres sur les siennes.

Pour une seconde.

Puis deux.

Puis cinq.

Puis douze, puis vingt, puis j’arrête de compter parce que je sens déjà toute la colère et l’amertume monter en moi et je sais que cette nuit sera la pire nuit depuis le dernier jeudi.

Au bout d’un moment, je finis par le lâcher. Il convulse une ou deux fois, ses yeux révulsent et il tombe à mes pieds.

Je les regarde tous les deux et je soupire.

Le premier — peut-être qu’il vivra, peut-être qu’il ne vivra pas.

Quant à l’autre, il ne vivra probablement pas.

Mais ça m’est égal.

Je hausse les épaules et je m’en vais.

Ce n’est plus de mes affaires.

 

 

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