Chapitre 2 – Le commencement

Chapitre 2

Le commencement

Brody Butnam

 

Jeudi matin.

Les jours de pluies sont terminés, le soleil plombe dans la pièce et la chaleur est insupportable. Si je ne partageais pas le balcon extérieur avec la chambre voisine, je me serais sans doute pavanée en sous-vêtements, mais comme je n’ai pas encore rencontré les deux occupantes, je me garde une certaine gêne. À la place, je me tourne dans les draps trempés de sueur qui me colle à la peau et je profite des quelques secondes de tiédeur du ventilateur quand il pivote dans ma direction.

Au moins, ma partenaire de chambre ne s’est pas encore présentée et j’ai pu m’approprier le lit près du balcon. Et au moins, j’ai été relocalisée dans le dortoir des terminales et je ne me fais plus réveiller à toutes les heures, pendant les changements de ronde de la sécurité. Particulièrement par Dylan qui avait l’air d’avoir adopté les quatre pieds carrés entourant ma porte pour faire ses comptes-rendus.

Haut-parleur à la main.

Le dortoir est vieux, le bois craque de partout et du haut de mon onzième étage, j’évalue à peu près mes chances de survie à nulles si la tour décide de s’effondrer, mais en comparaison à la moisissure du Trucker’s Drive Motel, c’est probablement le plus grand luxe dont j’ai bénéficié depuis ma jeunesse au manoir de ma grand-mère. La température du purgatoire est lourde, mais ça va, ce n’est pas tant cher payé pour la vue en prime sur les montagnes.

– Onze heures, que je soupire en regardant le réveille-matin. Encore plein de temps pour procrastiner sur les tâches importantes de la journée.

Je replonge le visage dans l’oreiller et j’essaie de me rendormir. J’irai acheter mon matériel scolaire vers une heure plus normale.

Toc, toc, toc.

Je lève la tête et je regarde en direction de la porte. Il fait clair, je plisse les yeux pour ne pas voir embrouillé, mais comme le silence tombe, j’assume que ce n’est pas pour moi. Après tout, ma colocataire aurait la clé si c’était elle qui arrivait pour s’installer.

Toc, toc, toc.

– Sécurité! que j’entends en provenance du couloir.

– Argh, que je grogne.

Je pensais m’en être sauvée, mais visiblement, Dylan a un petit quelque chose pour moi.

– J’arrive, que je réponds, la voix enrouée.

J’enfile le premier short que je trouve pendant qu’il continue à frapper sur la porte avec insistance.

– Oui, oui. J’arrive, sa majesté des clés…

J’ouvre.

Il se tient dans l’entrée, un paquet entre les mains, un air d’impatience et de dégoût quand ses yeux tombent sur mes cuisses dénudées.

– Dylan, que je soupire en me frottant les paupières. Que me vaut le plaisir de ta charmante visite?

– Ton uniforme, la liste des règlements et la nouvelle clé de ta chambre. Tu peux jeter la temporaire, elle n’est plus valide.

Il me lance le paquet soigneusement emballé, je l’attrape de justesse.

– Tu es au courant pour le couvre-feu? qu’il demande.

– Vingt-trois heure tapant.

– Vingt-et-une heure dans le pensionnat, vingt-trois heure dans les chambres, après quoi les serrures se désactivent et ta clé magnétique ne fonctionne plus. Pas d’escapade nocturne dans la forêt et idéalement, pas d’escapade du tout pour éviter de te perdre, mais puisque personne n’écoute, fais comme tu veux, je ne partirai pas à ta rescousse. Pas de baignade dans le lac, respect de l’uniforme obligatoire en classe et si tu sautes les heures de repas, il y a Le Bistro, à l’extrémité Est du terrain où tu peux acheter des collations. Le village de Brokenwood est à vingt kilomètres d’ici et Pine Crescent est strictement interdit.

Il tourne les talons et juste comme il vient pour partir, il s’arrête.

– Oh et sous le verrou, les boutons d’urgence.

Je me penche pour voir l’appareil magnétique fixé au mur. Juste en dessous de la fente prévue à l’insertion des cartes, il pointe les deux boutons.

– Le noir pour activer l’interphone, le rouge pour alerter la cavalerie.

– La cavalerie?

Il pointe le moniteur attaché à sa ceinture et le micro à son épaule.

– Ça nous indique de quelle chambre provient le signal. En principe, c’est le gardien le plus près qui répond à l’appel, mais parce qu’il ne se passe jamais rien à Lord Webber, c’est l’équipe au complet qui risque de débarquer.

– Et… j’assume que tout est écrit là-dedans? que je demande en feuilletant le code de vie à la largeur d’une encyclopédie.

– Positif, mais tu ne vas pas le lire. Personne ne le lit.

Il hausse les épaules et il s’éloigne.

– Dylan? que je demande avant qu’il ne soit trop loin. C’est quoi Pine Crescent?

Il s’arrête, il reste immobile pour deux ou trois secondes et il finit par se retourner.

– Le village voisin à Brokenwood, qu’il répond, visiblement irrité par ma question. Tu ne vas pas là, compris? Personne ne va là. Même la police ne va pas là, alors si tu as besoin de sensations fortes, va te perdre dans le bois à la place.

Sans un mot de plus, il quitte et il disparaît dans le couloir.

 

*             *             *

 

La plupart des pavillons et des couloirs ne sont pas accessibles et ne le seront pas avant quatre jours encore, au début des classes.

C’est impressionnant.

C’est spectaculaire comment tout est inégal, ici.

L’aile administrative a des planchers de marbre, des moulures aux couleurs or et elle sent le vaporisateur commercial. Les dortoirs ont l’air de venir d’une autre époque avec leurs grandes vitres et leurs âtres qui se trouvent à chaque extrémité du corridor. La chapelle est en ruine, condamnée, et les tapis toussent de la poussière à chaque fois qu’on y met le pied. Quant à la «salle de repas» — le nom à lui seul est trop moderne pour les tables de bois massif et les chaises de velours — elle est entourée de vitraux qui donnent une teinte différente à la pièce, selon la position du soleil dans le ciel. Bleue le matin, jaune le midi et rouge le soir — probablement un moyen de connaître l’heure à une époque où le numérique n’existait pas encore.

Quand je quitte finalement au soir, ça fait longtemps que le rouge a disparu et que les lustres ont pris la relève.

Je monte les escaliers en colimaçon et après les trois premiers étages, je dois m’arrêter à chaque pallier pour reprendre mon souffle.

– Ils n’auraient pas pu investir dans un ascenseur au lieu de foutre des trônes dans la cafétéria, que je soupire, pliée en deux.

– Il y en a. Mais je pense que ce sont les moines séquestrés au sous-sol qui les opèrent avec des chaînes.

Je me relève et je me retourne pour voir qui a parlé.

Adossé à la rampe, il joue distraitement avec trois jetons de poker dans sa main droite. Il a les cheveux blonds, dorés, un sourire ravagé par la cicatrice qui traverse sa lèvre inférieure jusqu’au menton. À en juger par sa montre dispendieuse et la chemise dernier cri dont il a relevé le collet, il a de l’argent.

Beaucoup d’argent.

Et quoiqu’il est charmant, il a beaucoup trop d’assurance pour ne pas être au courant.

– Si j’étais toi, je me contenterais de l’escalier, qu’il dit en souriant.

– Noté. De toute façon, il fallait que je brûle les calories du souper, que je réponds entre deux souffles.

– La célèbre purée de légumes du jeudi soir, hein? T’en fais pas, d’après moi tu vas l’avoir vomie d’ici une heure.

La fille à côté de lui a le nez plongé dans l’écran de son cellulaire et elle ne lève pas les yeux une seule fois pour me regarder. Pas même quand il me tend la main pour se présenter.

– Stanley «Two penny» Tuppman, qu’il dit.

Two penny? Drôle de nom.

– C’est parce que personne ne finit une partie de poker contre moi avec plus de deux cents dans les poches, qu’il explique avec un clin d’œil. La sauvage à ma droite, c’est Trinity.

– Brody Butnam, que je m’introduis à mon tour en lui serrant la main.

Elle lève aussitôt les yeux et elle me regarde quelques secondes, par-dessus ses courts cheveux blonds — presque blancs — qui tombent dans son visage.

– Brody, huh? qu’il répète. Intéressant…

Je ne sais pas trop quoi répondre, alors je fronce les sourcils pendant qu’il se relève de la rampe et qu’il commence à s’éloigner.

– Je te pensais plus grande.

Il m’évalue de la tête aux pieds, il sourit, puis il m’abandonne sur place tandis qu’il descend l’escalier, suivi de la fille.

– Qu’est-ce qu’il a dit? que je l’entends demander à Trinity.

– «Sains et saufs, m’man». C’est ça qu’il a dit… sains et saufs.

Elle range son cellulaire, elle soupire et ils disparaissent par la porte qui mène à l’étage inférieur.

 

*             *             *

 

Malgré que la nuit soit tombée, la chaleur n’est pas moins accablante et c’est la quatrième fois que je me lève pour vérifier que la porte du balcon est ouverte au maximum. Je m’essuie le front et je soupire de dégoût quand je vois la trace huileuse laissée sur le revers de ma main.

Le dortoir est calme. Il n’y a pas un son, mis à part le chant des grillons à l’extérieur et le bourdonnement régulier du ventilateur. Je chasse la couverture du lit avec mon pied et je reprends le cahier dans lequel je suis en train de me dessiner dans ma voiture, accompagnée de deux étrangers qui me reluquent du coin des yeux.

Quand les onze coups de l’horloge se mettent à sonner pour indiquer le couvre-feu, je sursaute. Dans les chambres, on l’entend peu, mais comme la porte du balcon est ouverte et que ça résonne partout dans les montagnes, j’ai le cœur qui arrête momentanément. Au onzième coup, la porte de la chambre voisine se referme et quelques secondes plus tard, j’entends celle du balcon s’ouvrir.

L’écho finit par mourir dans le silence puis le calme plat s’installe à nouveau sur l’étage. Je file sous la douche, je me glisse dans un T-shirt et je me jette au lit.

Une heure.

Une heure, c’est le temps que je passe à essayer de m’endormir.

Puis deux, celui que je prends à me retourner sans cesse pour essayer de m’aérer tous les plis de peau.

Au bout de trois, je pense que j’y suis enfin.

Et soudainement, j’entends un murmure, quelque part au loin.

Je me redresse et je tends l’oreille, mais le son est étouffé. Comme des voix qui chuchotent ou comme un film qu’on aurait laissé jouer.

Comme des gémissements, on dirait.

Je me lève de mon lit, j’ouvre la porte et je penche la tête dans le couloir. À part la faible lueur qui provient des coins de repos aux bouts du corridor, c’est le noir absolu. Sauf que j’entends toujours gémir.

«Peut-être quelqu’un qui est embarré hors de sa chambre», que je me dis.

Je glisse un soulier dans l’ouverture de ma porte pour éviter qu’elle se referme et j’avance à tâtons, sur la pointe des pieds. À mesure que j’approche de l’âtre, la voix s’affaiblit.

Elle finit par se taire.

Le foyer est éteint et à l’exception d’un vieux gobelet de café qui traine sur la table, c’est vide. Les sofas sont vides, le couloir est désert. Je reviens sur mes pas et juste comme je viens pour regagner ma chambre, les plaintes reprennent.

Sauf que cette fois, elles ont doublé de volume.

Elles sont fortes, elles sont graves et quand je m’approche de la chambre voisine pour y coller l’oreille, j’entends quelqu’un se débattre derrière la porte.

– Hey, ça va? que je demande en cognant.

Pas de réponse.

J’attends quelques secondes, on dirait que quelqu’un frappe contre le mur.

– Tu… t’as besoin d’aide?

Tout s’arrête.

Je ne sais pas trop quoi faire. Je patiente, j’essaie d’écouter et puisqu’il n’y a plus un son, je me résigne à quitter.

Puis je l’entends.

À ce moment-là.

À la seconde précise où je viens pour passer le pas de ma porte, il retentit dans la nuit, le cri le plus effroyable que j’aie entendu de toute ma vie.

Je fige.

– LÂCHE-MOI!

Je me jette contre la porte. Je frappe de toutes mes forces, j’essaie d’ouvrir, mais la poignée résiste entre mes mains. Derrière, l’occupant continue d’hurler et de se débattre. Je ne sais pas ce qui se passe, mais je ne prends pas de chance. J’appuie au hasard sur un des deux boutons d’urgence, je saute par-dessus la chaussure qui bloque mon entrée et je bondis par-dessus le lit. Quand je retombe au sol, je m’enfarge dans la couverture et je sens une douleur qui me déchire le dedans, de la cheville jusqu’au mollet. Je n’ai pas le temps de m’occuper de ça, je boite jusqu’au balcon et j’atteins finalement la porte arrière de la chambre voisine.

– Seigneur, est-ce que ça va? que je m’écris en voyant une ombre dans l’embrasure.

La porte part à la volée, elle se referme à un centimètre de mon nez et quelqu’un enclenche le verrou.

C’est à nouveau le silence.

Plus rien.

Les rideaux vacillent derrière la vitre et il n’y a plus rien.

 

*             *             *

 

Le bruit des clés qui s’entrechoquent trahit l’arrivée du gardien bien avant que je ne le vois apparaître dans la lumière du couloir qui s’est allumée. Il est jeune et à en juger par ses joues rouges et son essoufflement, il a dû s’en tenir aux escaliers plutôt que de risquer l’ascenseur opérée par les moines.

– C’est une vilaine blessure que vous avez là! qu’il constate en arrivant devant moi.

Adossée au mur entre les deux chambres, je reste assise par terre, à masser ma cheville qui enfle à vue d’œil. Il me tend la main pour m’aider à me relever, mais je la refuse.

Ça fait trop mal.

Je lui explique vaguement ce qui s’est passé.

– Je pense que c’est une fausse alerte, que je m’excuse en me rappelant la courtoisie avec laquelle on m’a claqué la porte au nez.

– Il n’y a aucun mal à s’assurer que tout le monde va bien.

Il lève le poing et il cogne à la porte de la chambre voisine.

– Vous êtes certaine que ça provenait de celle-ci?

J’acquiesce, tête baissée pour cacher la douleur que j’essaie d’ignorer.

– On dirait qu’il n’y a personne, qu’il dit.

Il sort une carte magnétique attachée à son trousseau de clé puis il reprend.

– Sécurité! J’aime autant vous prévenir que j’entre à l’instant.

Il vient pour insérer la carte dans le mécanisme et au même moment, la porte s’ouvre.

Je me relève aussitôt et je viens me poster à côté du gardien.

– Caleb! que je m’exclame avec surprise. Qu-quel hasard. J’occupe la chambre à côté…

Je réalise l’absurdité de mon affirmation quand il me regarde, presque nu dans son boxer, visiblement ennuyé par notre présence.

– L’ordre alphabétique, qu’il soupire. Tout un hasard…

J’ouvre la bouche, mais avant que j’aie pu dire quoi que ce soit, Dylan apparaît au bout du couloir et il se précipite vers nous. Au début, il paraît inquiet. Puis ses yeux se posent sur moi et j’ai la vague impression que notre histoire «d’amour» est sur le point de se transformer en drame conjugal.

– C’est quoi ce cirque? qu’il s’emporte.

Caleb bâille, il hausse les épaules et l’autre gardien bégaie maladroitement son compte-rendu.

– Tu peux retourner faire ta ronde, Garrett, que lui ordonne Dylan. Je m’en occupe.

– Mais… tu n’es pas en service.

– Je m’en occupe, j’ai dit.

– Co-comment as-tu reçu le signal?

J’ai oublié d’éteindre mon moniteur, qu’il s’impatiente. J’ai dit que je m’en occupais, maintenant retourne faire ta ronde avant que je rapporte au principal Collins que tu refuses d’obéir à ton supérieur.

Garrett rougit, il baisse la tête et il tourne les talons.

– Mettez-y de la glace, mademoiselle. Si ça continue d’enfler, vous ne pourrez plus marcher, qu’il m’indique avant de disparaître.

Je le regarde partir et quand nous sommes tous les trois seuls, Dylan se tourne vers moi.

– Alors?

– Alors, quoi? que je demande avec arrogance.

– Alors je te les ai montrés ce matin. Tu trouvais que ça avait l’air amusant de tester les boutons?

– Exact. Je voulais calculer ton temps réponse et du coup, peut-être me faire livrer une pizza par la cavalerie la prochaine fois…

Dylan est sur le point d’exploser et Caleb, il s’accote un bras contre le cadre de la porte et il se frotte les yeux comme s’il venait de se réveiller.

Petit con.

Quel espèce de petit con.

– Il avait l’air de tenir un tournoi de lutte dans sa chambre, que je dis en le pointant. J’ai eu peur pour lui, j’ai sonné l’alarme, je me suis faite accueillir avec une porte dans le visage. Trop tard, j’avais déjà pesé.

Ils échangent un regard.

– Je ne sais pas de quoi elle parle, que finit par soupirer Caleb en haussant les épaules.

– Tu ne sais pas de quoi je parle. Sérieusement?

Je vais le tuer.

Je pense que je vais le tuer, particulièrement quand il m’ignore et qu’il s’adresse à Dylan.

– Bon, je peux retourner dormir maintenant?

– Mouais. C’était sans doute son imagination, qu’il acquiesce. Quant à toi, tu es blessée. Je vais devoir faire un rapport et t’amener à l’infirmerie.

Mes yeux croisent ceux de Caleb et je ne sais pas…

Je ne sais pas ce que c’est entre son mépris, sa nonchalance ou son arrogance passive, mais il y a quelque chose qui vient me chercher à l’intérieur. J’ai le goût de le frapper et en même temps, je suis soulagée qu’il ne me laisse pas seule avec Dylan. Sauf qu’il me fait passer pour une folle et tant qu’à me faire dévisager par ces deux imbéciles, je préfère autant continuer à souffrir.

– Quoi, ça? que je demande en pointant ma cheville. Bah, c’est sûrement juste mon imagination.

Je pousse la porte de ma chambre, j’y entre en essayant de marcher le plus normalement possible et — ça se peut que j’y mette plus de force que nécessaire — je claque derrière moi. Mais juste avant, je suis presque certaine de voir Dylan s’approcher et Caleb poser la main sur sa poitrine pour l’arrêter.

– Non, que je l’entends dire dans le couloir.

Je me penche et je colle l’oreille contre la porte.

– On devrait peut-être la…

– Non, que le coupe Caleb.

– T’es conscient que…?

– Tu laisses tomber.

Il y a un silence.

Le bruit des clés qui s’entrechoquent s’éloigne, il s’estompe et il finit par mourir complètement.

Quelques minutes plus tard, Caleb referme finalement la porte de la chambre 11032.

Et moi, je ne me rendors pas ce soir-là.

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