Récit de vacances #1 – Quand l’appétit ne va pas, rien ne va

Ça fait qu’on arrive à l’Ile-du-Prince-Edouard, un peu réticents de voir le motel que j’ai sélectionné, en raison de mon dernier choix de vacances peu fructueux. Celui avec lequel t’es peut-être familier si t’as suivi mes épopées. Y’a pas de skinheads qui boivent leur Pabst dans le trailer de leur Pickup, y’a pas de cartel mexicain qui écoute de la musique suave dans le parking pis ok, notre hôte a peut-être l’air un peu sévère quand on fait la file au check in et qu’elle nous crie : «Guys, listen up so I don’t have to repeat!!!» … mais regarde, j’ai vu un petit lapin squatter en dessous du cottage, cette place gagne mon coeur. J’pense pas spécialement développer d’affinités avec Gladis de la réception, mais clairement j’me fais chum avec le lapin d’ici la fin de la semaine.

So on explore – beau coin cozy, la chambre est belle, y’a beaucoup d’enfants que j’étoufferais dans la terre à 7h30 le matin, mais ça vient avec le package des vacances familiales. Une fois ma rage matinale passée dans les cinq bouchées de Nutella dégustées à même la cuiller, j’feel très zen. Anyway faudrait que j’roule sur mon tire de chocolat pour les attraper pis comme ils courent vite ces petits cr*** là, je les laisse crier jusqu’à ce que Gladis pète sa coche pis sorte sur son balcon avec son bonnet de satin pour leur dire de sacrer leur camp à la beach. En tout cas. Tout ça pour dire, ben nice comme place, le seul problème, c’est qu’y’a pas de frigidaire dans la chambre.

Pis c’est sûr que si tu compares au tremblement de terre en Haïti ou à la fusillade du Bataclan, c’est plutôt mineur comme problème, sauf que si tu check mon compte de banque, j’pense que ça s’équivaut. Ben nice d’aller déguster des fruits de mer au resto à chaque repas, mais continue de même pis le luxe du Prince Édouard va vite devenir la faillite de princesse Annie – watch out les ragoûts de feuilles d’érable du parc Angrignon pour les deux semaines à suivre notre voyage.

Ça fait qu’on mange notre chaudrée de moules pis pendant que j’entrevois notre veganisme forcé, j’suis comme : «Ouin, faudrait peut-être aller se faire une épicerie d’affaires qu’on peut manger tablette». Une ben bonne idée en perspective, excepté qu’à part du pâté de foie pis des pennes fucking al dente, c’est pas spécialement le buffet Vichy qui s’offre à nous.

On entre donc dans l’épicerie de l’Ile-du-Prince-Edouard (qui vite de même a plus l’air du Couche-Tard de Lasalle, genre que c’est clairement pas icitte que Ricardo fait ses réserves) pis on check la file des caisses qui s’étend jusqu’au Québec. Mon chum sacre, moi j’pars pis lui est comme : «Tu t’en vas où?».

Là où ça importe boy, m’en va dans la SAQ des maritimes. Fuck la bouffe, on reviendra quand y’aura moins de civilisation, les petits four pack à 4$ m’intéressent soudainement plus que les pâtes pas cuites. Ça fait que je fais ce que j’ai à faire, je me suis légèrement trompée dans les prix, mais c’est pas parce qu’on peut pas manger qu’on peut pas boire hein, j’connais mes priorités quand même. On revient dans la section alimentaire loadés de bière et de vin, j’commence à magasiner les repas d’accompagnement pis plus je fais les allées, plus je me demande à quel point c’est nutritif une botte de foin parce qu’elles abondent à l’IPE pis à la quantité de choses qui ne nécessitent pas d’être réfrigérées, y’a des es** de bonnes chances qu’on finisse notre régime là-dessus. Le repas le plus sain que j’ai en mains, c’est une boîte de crackers aux épinards pis mon luxe de la semaine, c’t’un pot de Cheese Whizz que je redépose avec amertume en voyant le réfrigérer après ouverture. Parce que oui, j’pensais que le Cheese Whizz était assez chimique pour s’auto-préserver température pièce t’sais. À bout d’espoir, m’en va dans la dernière rangée qu’il me reste et mon chum de protester : «Heu, non! Non, pas vrai que je mange de la purée de bébé avec une coupe de vin!». J’suis pas pire convaincue que c’était une solution saine et équilibrée à côté des croquettes Purina, mais r’garde, c’est beau princesse, on passe à la caisse avec nos craquelins, nos bagels sans garniture pis notre réserve digne de la prohibition.

On arrive à la chambre, j’prépare le souper (8 crackers secs sur napkin vierge), mon chum nous sort une bière, à défaut d’être rassasiés, on va être saouls t’sais. Pis c’est là que j’entends : «Hmmm…».
Un Hmmm que j’aime pas.
Un Hmmm qui suit généralement une gaffe. Le genre de Hmmm qui vient après avoir échappé le marteau dans l’urne de ton grand-père et qui a la sonorité d’un : «Comment je vais annoncer ça à ma blonde…».

– Quoi!?! que je demande, déjà prête à ce qu’il gâche notre romantique repas.

– Ben… c’est que… c’est pas des twist caps

Pis c’est sûr qu’on pourrait aller demander à Gladis si elle aurait pas un opener qui traîne quelque part dans sa pentry, mais comme Gladis a l’air de quelqu’un qui prie ponctuellement Jésus, j’ai le feeling qu’elle est plus «jus de pruneau» que «Gabbiano». Pas vrai que je m’en vais me me soumettre au jugement d’elle pis son bonnet de satin, je regarde la table, je regarde mon chum et parce que c’est le seul moyen du bord que je connais, j’suis comme : «Mettons qu’on la scrap là…… tu penses que ça vaut combien une table de même?».

Mon chum hausse les épaules et parce qu’il est persuadé que ça vaut pas plus que deux ou trois bagels sans garniture, il s’installe. Il lève les manches, accote la bière sur la bordure, il se donne un élan pis BANG!

La bière part, elle éclate sur le plancher, même pas l’temps de mettre mon verre en dessous que notre source de céréales du jour décède on the spot. La table – top shape. La bière – un saccage total, une tragédie, une exécution sans clémence sur la place publique. Je check le désastre et visiblement, Gladis pis son bonnet de satin vont nous juger en tabarouette quand la femme de ménage va lui stouler qu’on a reparfumer la chambre, fragrance levure.

Ça fait que c’est de même qu’on a fini la soirée avec des biscottes aux épinards pis un verre d’eau. On n’a pas tant trouvé d’affinités avec Gladis, mais en tout cas, le lapin nous aime ben, nous autres pis nos craquelins.

Bon dimanche là.

 

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