La fois où mon beau-père m’a regardée dormir nue

Ça s’est passé l’été 2010. Je ne sais pas si tu t’en souviens, mais la canicule a été rough en titi cet été- là. Le genre de température si infernale que même rester assis dehors à l’ombre te fait couler des chutes de sueur qui partent de ton toupet, en passant par tes yeux qui chauffent, en te donnant l’impression que tu brailles des larmes de sauce Sriracha.

Mon petit copain de cette époque déjà lointaine vivait à une heure de route de chez moi. Étant à pied, j’avais l’immense joie de voyager en transport en commun dans ce climat pré-apocalyptique et de me ramasser avec les fluides corporels d’autrui un peu partout sur moi. C’est toujours le fun de prendre la peine de se pomponner pour sentir bon pis que finalement arrivée, tu sens l’Woodstock en Beauce qui se néglige.

Ça fait déjà quelque temps qu’on est ensemble. Je vais souvent dormir chez lui les weekends et vice versa, je connais bien sa famille rendue-là. Je parle de mon ex, mais le main event de cette tranche de vie, c’est pas lui. Le main event, c’est son père. C’est le monsieur le plus strange-mais-tellement-sweet que j’ai eu la chance de rencontrer. Un peu bizarre, mais pas méchant du tout. Il est imposant. Il doit mesurer six pieds mille. Il est massif, mais il porte des fonds de bouteilles qui lui grossissent les yeux. Quand je repense à lui, je l’imagine avec des googly eyes tellement que je l’ai trouvé absurde pis que ma mémoire fait défaut. Le père de mon ex (on va dire qu’il s’appelle Sylvain) aime aussi promener son mimine. À tous les soirs. Il prend le temps de bien mettre le harnais à son félin, de le clipper à une laisse et il lui fait faire un tour du quartier. Dans ses bras, parce que c’est un vieux chat. Par vieux chat, je veux dire que ce chat-là a dû connaître la Guerre du Golfe, le verglas pis les attentats du 11 septembre 2001. Pis là je te rappelle qu’on est en 2010. Il est tellement vieux que s’il pile sur une roche pointue, un jet de poussière va sortir. Encore aujourd’hui,  j’ignore l’âge qu’il avait dans ce temps-là, mais t’sais, un vieux matou qui a déjà l’air empaillé tellement qu’il est sur le bord d’expirer. Si ça t’as pas encore convaincu que Sylvain frôle la mésadaptation sociale de Norman Bates, j’en rajoute en t’informant qu’il voulait se faire tatouer une baleine dans le dos. Parce que Sylvain, il trippe Tadoussac. Je pense qu’à partir de tout ça, tu peux te peindre un mini-portrait mental assez représentatif.

Donc, la soirée se déroule comme elle se doit. On game, on se minouche, on s’aime la vie est belle pis on est à l’abri de l’enfer dehors. Vient le temps d’aller dormir. Mon ex (appelons le Monsieur M, tiens) habite dans un duplex avec ses parents et les deux chambres sont à l’étage. L’air climatisé se trouve dans la chambre de mon ancien prince charmant. On ferme la clim, on se part un film, on se colle avec le chat empaillé pis on est prêt à embarquer sur le dodoship pour aller directement à Dodoland. Compte tenu de la température, je te confirme que le dodoship est un bateau de croisière nudiste, cette nuit-là. Bien à poil, la pantoufle à l’air, ça fait déjà un bon bout de temps que j’ai passed out sur Fantastique Monsieur Renard, pis c’est là que mon sommeil a été perturbé. Je me sens observée. Je me réveille semi, pis je constate que mon beau-père est en train de me regarder dormir.

Les foufounes à l’air.

Je capote. Ma réaction primitive a été de simplement fermer mes yeux : Si je ne le vois pas, il ne me voit pas – une technique infaillible pour survivre aux malaises, quoique mon espérance de vie serait limitée dans un slasher. Peu de temps après, il quitte la chambre. Il ne m’a pas touchée ni rien, il n’a pas tassé la couverte non plus. Il ne s’est pas rincé l’œil longtemps. Il quitte la chambre, mais il ne ferme pas la porte. Je capote encore plus, je me dis que c’est sûr qu’il a remarqué que je m’étais réveillée pis j’en reviens juste pas que Sylvain, le gentil daddy de mon gentil amoureux, le weirdo au tramp stamp de baleine, soit en réalité, un ostie d’perv.

Là, oublie ça me rendormir. Je me mets des culottes de pyj’ et une camisole, just in case. Je pense juste à quel point le déjeuner va être awkward demain pis fuck off, je réveille M! Je vais lui dire la vérité sur son papa tordu pis il va me défendre, t’sais. Après plusieurs tentatives, des grognements et de l’incompréhension de sa part, je réussis à le réveiller. Je lui compte ma mésaventure en tremblant encore sous le coup de l’émotion, je suis une pauvre petite victime sans défense. Halp. La réaction escomptée ne fut pas celle que M m’a livré : il est parti à rire. Mais rire là, il braillait. J’avais la chienne qu’il réveille Sylvain tellement qu’il était crampé. Je lui demande pourquoi il rit, t’sais, je viens quand même de lui apprendre que son père c’tun croche. Il reprend son calme puis il m’explique que son père est myope, voir aveugle sans ses lunettes.Là Je suis comme à moitié rassurée, il n’a pas vu mon derrière ni mon p’tit bijoux, c’est soulageant, mais ça ne m’explique pas ce qu’il faisait là, au-dessus du lit. Pis c’est là que j’ai remarqué que la climatisation est allumée. Elle se trouve à la fenêtre qui loge au-dessus du lit de monsieur M, pis on l’avait éteinte parce que le bruit enterrait notre film de renards.

En conclusion, Sylvain c’est pas un gros pervers. Il ne voulait qu’un souffle d’air frais et non m’admirer la pantoufle. Il souffrait juste de la canicule et des larmes de Sriracha dans ses googly eyes, lui aussi.

 

2 pensées sur “La fois où mon beau-père m’a regardée dormir nue

  • juillet 16, 2017 à 5:37
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    « Halp ». Je connais juste un film auquel cela fait référence. Pas cinq, tsé ! Cool !

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  • juillet 16, 2017 à 12:22
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    J’ai bien aimée. Le texte ce lis aisément, captivant, on ne peux pas s’arrêter avant la fin. J’espère qu’il y en aurait d’autre et surtout ne change pas de style. Wow ! encore s.v.p.

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