Les hommes pis les autres, ces agresseurs de femmes

En 15 ans de voyage dans le douillet confort de la STM, j’en ai rencontré du monde et j’en ai vécu des situations spéciales. Du gars qui m’a offert un kleenex parce que j’étais sur le bord de me moucher dans ma jupe, au gars en cold turkey qui m’a demandé d’attendre son héroïne avec lui, en passant par l’itinérant avec qui j’suis éphémèrement tombée en amour au cégep (il était propre. Notre histoire d’amour a débuté quand j’lui ai donné 5$ pis on a cassé quand j’avais pas 18 ans et que j’ai dû refuser son invitation au Café Chaos). En tout cas. En 15 ans de trajet sur la STM, je m’suis jamais faite désagréablement cruiser avec trop d’insistance (all in consentante pour l’anarchiste), ni pogner une fesse, ni envahie, et mes expériences cotées 1 étoile se résument pas mal toutes aux problèmes psy et au monde qui ont une capacité de gestion de colère dans la même ligue que les cotes d’écoute de Call TV.

Ça fait qu’aujourd’hui, j’suis assise tranquille sur mon banc, en admirant la vue du tunnel crasse, quand un monsieur vient s’asseoir à côté de moi. J’trouve que ses cuisses prennent pas mal d’expansion, mais c’est correct, p’t’être que la circonférence de son bumper est plus grande que la mienne, j’comprends ça. Ça m’est déjà arrivé d’avoir une des deux cerises suspendue dans l’vide, c’est tough de s’tenir en équilibre sur une jambe. J’suis fine, j’me tasse pour lui laisser de la place pis comme j’évite tout eye contact avec les être humains que j’connais pas, j’le check dans la fenêtre pis j’le vois se remuer la carcasse, cm par cm dans ma direction. J’suis civilisée, mais j’suis protectrice de mon territoire, pas vrai que j’te cède tout mon jeu pour finir comme un crémage oréo entre toi pis le mur. Ça fait que j’y vais tactique, au lieu de me tasser d’une traite, j’y vais graduellement pis curieusement, j’trouve que plus j’me tasse, plus sa jambe retrouve son chemin pour s’accoupler avec la mienne. J’t’un peu perplexe, j’suis comme «y’est tu inconfortable ou c’t’un envahisseur qui veut illégalement immigrer dans le territoire de mon bumper, CR*** y’est tu en train de se FROTTER? Ben non, ça arrive rien que sur Spotted: STM ces affaires-là…», j’continue à me tasser pis à chaque millimètre que j’y donne, j’me dis «OK! Si
il se recolle, clairement il fait exprès!».

Ça fait que je le vois dans le reflet de la fenêtre qui m’check du coin de l’oeil pis là j’commence à être pissed. Man, tu m’rends tellement inconfortable que ça fait trois fois que je recule la toune que j’écoute parce que tu m’fais manquer l’boute où j’suis supposée m’imaginer être une rockstar de la scène, sérieux, déca**** que j’vive ma vie imaginaire en paix! J’y laisse une dernière chance, le monsieur commence à s’frotter la jambe contre la mienne. Dans ma vie imaginaire ça serait clairement Dean Winchester, sauf que dans la vrai vie c’est juste un pas propre qui m’rend fuckin mal à l’aise. J’suis du genre timide t’sais, ça fait que je le fixe avec la subtilité d’un maître voleur, il évite mon regard, j’évalue ma stratégie parce que calvaire que le reste de la ligne est long à faire debout, pas d’issue. J’suis pas pire égarée, je regarde partout, j’croise le regard d’un gars qui a l’air de remarquer que je feel pas ben, l’autre se rapproche encore, d’la marde, j’me lève, j’couperai dans les squats à soir, c’est tout. So j’dépasse le gars avec qui j’ai eu un eye contact pis juste comme j’me plante près de la porte, le vieux cochon fait presque mine de se lever quand l’autre se met en plein milieu, une main sur le mur, l’autre main sur le poteau pour l’empêcher de passer. Pis il le fixe, plus avec une face de berserker qu’avec ma subtilité de maître voleur.

Moi j’suis en arrière pis j’suis comme «RIGHT ON BITCH! WHAT YOU GONNA DO NOW!». Ok, non pour vrai j’suis plus comme «merci monsieur, j’vais être cachée juste derrière vous si vous requérez ma présence, mais j’pas mal sûre que votre uppercut est plus puissant que le mien…just sayin».

Anyway, tout ça pour dire, fuck you monsieur pour votre interruption dans ma prestation de solo de guitare fictif et même si c’est vous le visage de la culture du viol, des malpropres y’en aura toujours partout. Aussi malpropre que la madame qui veut pas se faire servir par un musulman, aussi malpropre que le vieux qui juge le jeune avec un mohawk de couleur et plein de tattoos, tous moins propres que ma romance avec un itinérant. Mais c’est chill monsieur, parce qu’en même temps, même si le débat fait parfois passer tous les hommes pour des prédateurs, vous m’avez rappelée que y’a du bon monde partout. Comme celui qui vous a pas laissé passer, comme tous ceux qui nous offre courtoisement un compliment au lieu de s’frotter la jambe, comme tous ceux qui s’interposent, comme tous mes amis masculins qui ont un jour refuser de me laisser partir seule d’un bar, qui m’ont demandé de donner signe de vie à mon arrivée ou qui ont attendu que j’aie refermé la porte de chez moi pour donner le coup sur la pédale. Vous m’avez pas montrée qu’on a besoin de se faire protéger, juste que pour un crotté, y’en a une coupe de ben élevés. Ah pis merci monsieur, vous me l’avez faite reculer une coupe de fois, mais à la 12me j’étais bonne, j’ai faite un es** de bon solo guitare!!!

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